Revue égyptologique — 3.1883

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Eugène Revillout.

Cette collection1 avait été trouvée cet hiver, eu Egypte, par notre excellent confrère, M. Eisen-
lohr, professeur d'égyptien à l'université de Heidelberg. Elle comprend (outre un .papyrus
ptolémaïque) trente papyrus des règnes des Psammétique Ier et II, d'Apriès et d'Aniasis,
faisant suite, par conséquent, à la belle série des papyrus de Tahraka et Sabaka que pos-
sédait déjà le Musée du Louvre, et s'intercalant avant l'unique contrat de Psammétique III
qui nous soit parvenu (toujours dans la même galerie), et les papyrus de Darius Ier et d'Ar-
taxercès que se partagent surtout les collections de Paris (Louvre et Bibliothèque), de Berlin
et de Turin. Cette série vient donc combler une très importante lacune, (car on n'avait jus-
qu'ici qu'un fragment d'Amasis, à Vienne2, et un papyrus d'Apriès, à Londres : papyrus qui
appartiennent du reste à la même famille). Il s'agit toujours de ce cartulaire des choachytes
de Thèhes, dont les papiers partent du code même de Bocchoris et des commencements de
l'écriture démotique, pour aboutir au second règne de Soter II, quelques années avant l'ère
chrétienne. Le Musée du Louvre a seul maintenant et expose publiquement dans ses ga-
leries1^ tous les âges paléographiques de cette intéressante période de sept siècles, puisque,
après les Darius Ier que nous mentionnions tout-à-l'heure, on y trouve l'unique Darius Codo-
man, l'unique Alexandre, plusieurs Alexandre II, les uniques Soter connus, les Philadelphe, si
rares partout ailleurs, sans compter les Evergète Ier et tous les autres Lagides. On peut seule-
ment regretter que le Philippe Arrhidée et les autres papyrus démotiques qui dorment ignorés
dans les armoires de la Bibliothèque Nationale entre les mains d'étrangers à la science égyp-
tologïque, ne soient pas encore venus rejoindre au Louvre leur place naturelle, comme en 1871
les manuscrits du moyen âge qui se trouvaient à notre Musée des Souverains sont allés à la
Bibliothèque Nationale, pour être livrés à des conservateurs compétents4. Espérons que l'illustre
savant qui dirige la Bibliothèque Nationale sera frappé lui-même de cette anomalie, et ne
voudra pas être en retard de bons procédés avec les Musées Nationaux.

Pour en revenir à la collection Eisenlohr, qui va être publiée intégralement dans le
Corpus papyrorum Aegypti, nous y avons remarqué d'inappréciables richesses, tant au point
de vue des origines du droit qu'au point de vue du déchiffrement et de la philologie. Bien
des questions jusqu'ici douteuses ou mal comprises sont éclaircies, et bien des mots sont pré-
cisés d'une façon inattendue. Le seul document un peu intéressant de cette période que l'on
possédait avant cette découverte, était le contrat de Psammétique III cité ci-dessus. Mais ce

1 Est-ce celle que M. Brugsch-bey avait marchandée à Thèbes, il y a quelques années, dont on lui
avait demandé, nous a-t-il dit, 25.000 francs (mille livres sterling) et qu'il regrettait vivement de n'avoir
pu acquérir? Est-ce celle qu'un marchand d'antiquités du Caire, en août 1884, prétendait être entre les
mains d'un jeune français qui ne voulait pas alors la vendre à la France? — En tout cas ce sont là des textes
trop difficiles pour être bien appréciés par ceux qui désespèrent de jamais s'en rendre compte, mais dont
la valeur est inestimable quand on en doit tirer tout le parti possible pour les progrès à effectuer encore
dans les études égyptologiques.

2 Dont j'avais donné en 1880 la traduction à Krall, alors mon élève.

3 Une salle d'étude, bien éclairée et fréquentée par tous les égyptologues d'Europe, est aussi établie
dans le Musée Egyptien.

4 Par une raison analogue on fait venir à la Bibliothèque Nationale les manuscrits précieux qui se
rencontrent dans les autres bibliothèques publiques de Paris. Et cependant il se trouve à la Mazarine, par
exemple, des érudits connaissant bien le prix et l'intérêt de leurs trésors littéraires. Pour l'égyptien et
surtout pour le démotiqne il faut, au contraire, des études spéciales et des comparaisons constantes —
comme pour les médailles, par exemple, que personne n'a songé à diviser entre le Cabinet de France et
le Louvre.
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