Revue égyptologique — 5.1887/​88

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RÉPONSE A LA CRITIQUE. 177

méthodes sont les mêmes. Déjà en 1878 il me disait à Berlin au milieu de ses éloges dithyrambiques : «Vous
^ressemblez complètement à Chabas. Je ne sais comment vous faites l'un et l'autre : vous traduisez toujours.
»Je ne puis en faire autant.» Cela est parfaitement exact. Brugsch n'a jamais été un traducteur. C'est un
collectionneur de mots pris à tout hasard clans des phrases non comprises par lui, (qu'il coupe souvent tout
de travers et parfois en lisant son texte à l'envers comme l'a noté Chabas,» ) et qu'il rapproche ensuite de
la façon la plus bizarre de mots coptes sans aucun rapport réel avec les racines en question.1- C'est là
ce qu'il appelle faire de la philologie, et il multiplie ses lardons contre ceux qui, au lieu de cela, osent
traduire. Pour moi, je crois que la vraie méthode est la méthode contraire, et qu'on ne peut môme faire
de la lexicographie qu'avec des documents déjà traduits — sans quoi on s'expose à ces innombrables erreurs
dont fourmillent tous les dictionnaires de Brugsch, quand ses exemples sont autre chose que des traductions
démarquées par lui.

De fait, il est certain qu'en démotique, particulièrement, Brugsch n'a jamais pu comprendre par lui-
même un texte non traduit, à l'exception du Roman de Setna. Et encore pour ce roman ne l'a-t-il travaillé
sérieusement (comme sa stèle d'Alexandre II du reste) que surexcité par les railleries de Mariette qui,
d'après son propre témoignage, ne croyait pas un mot à ses dires. Et en vérité, on ne pouvait pas en faire
de reproches à Mariette. Comment croire, sur parole, un homme qui, sans examiner les textes, prophétise
à première vue une sourate quelconque — fut-ce la plus grande absurdité du monde? N'est-ce pas ainsi
que, pour parler seulement du démotique, il a cru que dans le bilingue de Moschion, publié ensuite par
moi, le texte grec correspondant au commencement du texte démotique se trouvait à la fin et réciproque-
ment? N'est-ce pas ainsi que, nous l'avons vu, il a découvert à Dakké un autre bilingue démotico-hiéro-
glyphique dans deux inscriptions absolument distinctes, traduites l'une et l'autre par moi, et qui n'ont
entre elles aucun rapport — le tout en y signalant des mots qui n'y ont jamais existé? N'est-ce pas ainsi
qu'il parle sans cesse d'un autre bilingue, méroïtieo-grec — toujours à nouveau découvert par lui — sans
doute d'après les racontars bien connus des ignorants drogmans égyptiens, bilingue qui paraît être formé
de deux inscriptions voisines également sans aucun rapport : l'inscription de Silco et une inscription mé-
roïtique? N'est-ce pas ainsi que dans les inscriptions démotiques de Nubie, souvent citées par lui, il a
toujours fait preuve de la plus inconcevable ignorance, en prenant le nom même de la Nubie, qui s'y trouve
des centaines de fois, pour un titre royal (reine), — sauf à prendre, par compensation, pour des lieux géogra-
phiques les expressions du culte les plus connues? N'est-ce pas ainsi qu'il a cru voir dans les entretiens
philosophiques de la chatte éthiopienne et du chacal Koufi contenus dans le papyrus 384 de Leyde un
livre liturgique funéraire? N'est-ce pas ainsi que maintenant, depuis qu'il a démarqué la fable du lion et
de la souris découverte par ce pauvre Lauth, et qui s'y trouve citée par hasard, il veut voir à toutes
forces dans tout le papyrus un recueil de fables, colossale erreur qu'il avait déjà dite lors de ce démar-
quage, et qu'il répète sans cesse dans son factum actuel,» en dépit de l'évidence et des aveux faits lors de
mes premières traductions, confirmées par les secondes et bientôt, je l'espère, par la publication d'une ver-
sion totale? N'est-ce pas ainsi, du reste, que tous les mots de ce papyrus qu'il cite dans son dictionnaire et
ailleurs ont été rendus avec cette intelligence, comme neb (^—y) «tout», dont il fait Tcah «terre», xenfi
«écaille», dont il fait une espèce particulière de poisson, etc. etc.? N'est-ce pas ainsi, d'autre part, que les
stèles démotiques du Sérapéum, sans cesse.citées par lui, ont été comprises de même, avec les assimilations
démotieo-hiéroglyphiques les plus bizarres, telles que l'attribution géographique ar sanefi prise pour un titre
de Ptàh i^£^? N'est-ce pas ainsi, pour en finir avec un sujet inépuisable, qu'en ce qui concerne le papyrus
démotique °de Vienne, au sujet duquel il m'adresse ses critiques, il avait gravement affirmé que ce docu-
ment était une traduction du papyrus Prisse!!!

que j'ai prises au fur et à mesure que mes études ont avancé. Elles ne rectifient pas — par Dieu non: — vos brillantes expositions,
mais elles ajoutent de nouvelles preuves à tout ce que vous avez dit et elles permettent do tirer des conclusions très importantes
pour les diverses questions qui forment les sujets de vos riches communications. Le chacal Koufi n'est pas du dernier rang dans mes
notes» (2 septembre 1882), etc., etc.

(a) Réponse à la critique, p. 23.

(b) Chabas avait déjà fait d'ailleurs cette remarque et, puisque Brugsch le désire, nous allons publier bientôt un relevé do quelques-
unes dos plus jolies choses de ce genre qu'on peut trouver dans sa collection. Chabas avait commencé et promis do continuer. Nous
reprendrons cet examen dans un travail spécial.

(c) Il l'a même inscrite sur mon propre exemplaire du facsimile, à lui prêté il y a dix ans et que, sur mes réclamations pressantes
il vient enfin de me rendre, en gardant encore, malgré la promesse formelle et écrite de me le renvoyer sans retard, un autre volume
m'appartenant.

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