Revue égyptologique — 6.1891

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Leçon d'ouverture.

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notre voisin et ami, à mon frère et à moi — Gambetta, qui s'intéressait d'une façon toute
particulière à cette École et aida M. de Eonchaud le plus qu'il put; M. Proust, qui l'en
nomma directeur, alors qu'elle n'avait point encore de professeurs; MM. Fallières et Lo-
gerotte, qui la fondèrent effectivement, etc., etc. Je n'oublierais pas non plus avec quel
zèle et quel intérêt le directeur des Beaux Arts M. ILempfen, notre directeur actuel, colla-
bora avec lui toujours et partout, comment il vint présider avec M. de Eonchaud le Conseil
de l'École pour la rédaction du règlement, bientôt confirmé par arrêté ministériel,1 comment
il nous aida en toute circonstance de ses conseils et de son autorité. Ce fut à lui en très
grande partie qu'on dut la rapide évolution et le succès de notre École. Mais je ne crois
pas être démenti par lui en disant que, s'il fit de cette œuvre la sienne et s'il l'aida si
fructueusement, c'était sous l'inspiration de son ami, cher et bien dévoué, M. de Eonchaud.

Hélas! Messieurs, quand M. de Eonchaud quittait le Louvre au mois de juillet dernier
il était loin de penser que cette absence dut être éternelle. Mais ceux qui pouvaient l'ap-
procher effectivement s'en doutaient. M. Spueler, ministre de l'Instruction Publique, vous le
disait en prononçant sur son cercueil un éloge éloquent : il craignait bien, en lui faisant
ses adieux, de ne plus le revoir. Une maladie fatale, dont on suivait avec terreur depuis
un an les progrès effra}rants, l'entraînait peu à peu vers la tombe. Et cependant, vous vous
en souvenez, Messieurs, dans les derniers jours de juin et dans ce mois de juillet dont il
ne devait pas voir la fin, il présidait encore, avec un intérêt et un plaisir visibles, je dirais
presque avec une paternelle et tendre sollicitude, aux divers examens et aux thèses des quatre
cours de la section égyptienne.

Mais il ne pouvait déjà plus quelques jours après être du jury de M. Bertrand. C'est
avec un douloureux effort qu'il s'occupa pourtant des mesures à prendre pour empêcher le
Louvre de rien risquer pendant les fêtes et illuminations du 14 juillet, et qu'il fit voir au
ministre, la veille de son départ, les travaux relatifs à l'exposition des nouvelles antiquités
susiennes et perses. Il n'agissait plus alors que par suite de cette énergie morale dont il
était pourvu au plus haut degré.

Eufin arriva pour lui le moment désiré des vacances. C'étaient les plus longues qu'il
eût jamais demandées : trois mois. Mais elles devaient être plus longues encore. Il se rendit
d'abord dans les environs de S1 Germain, puis à S* Germain même. Il comptait revenir
ensuite à Paris, avant de partir pour notre cher pays de Franchecomté : et il nous avait
donné rendez-vous au Louvre, à mon frère et à moi, pour un jour déterminé. Ce jour-là
même il mourut. Une erreur d'adresse nous avait empêchés de le rencontrer l'avant-veille à
S* Germain. Nous ne le revîmes que mort, étendu sur un mauvais lit d'hôtel, tranquille, les
yeux entr'ouverts et semblant nous fixer de son regard calme et doux — nous qui l'aimions
comme un père — lui qui aimait tant notre père déjà!

Il a dû mourir très vite et sans trop de douleurs, comme il arrive très souvent dans
la maladie dont il était atteint. Il aura sans doute enfin trouvé ce repos qu'il cherchait en
vain sur la terre.

1 Cet arrêté est signé du 11 novembre 1884, deux ans après la fondation officielle de l'École.

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