Le rire: journal humoristique — 3.1896-1897 (Nr. 105-156)

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L'INSTRUCTION

Pour mon ami Pierre Decourcelles.

le juge. — Vous n'avez pas été réélu député. Vous n'avez pas de
fortune personnelle et, sur la pressante prière de mon ami M. Arton

_ qui vous accuse formellement d'avoir chèque — je vous ai fait

arrêter.

arton. — Oui. Je veux atteindre tous les coupables pour établir
mon honnêteté. C'est pour cela que j'ai chargé de l'instruction un
juge intègre, énergique, qui marchera sans se laisser influencer.

le juge. — Merci, mon cher Arton. Merci. Je ferai insérer dans
les journaux une note reproduisant le certificat de civisme que vous
venez de me décerner.

le prévenu. — De quoi m'accuse-t-on, en somme?

le juge. — Votre nom est indiqué sur le carnet d'Arton en regard
d'une somme de 6 fr. 25. L'instruction a pu établir qu'à la même
date vous avez acheté une boite de cartouches de revolver qui ont
été livrées sur votre ordre au domicile de Mlle Clémence de Pibrac.

le prévenu. — J'avoue que je ne me souviens de rien de tout cela.

le juge, très sévère. — Ce manque de mémoire vous perd. C'était
cependant la veille de Lucien Noël !

arton, très méticuleux. — Rappelez-vous que je vous ai versé
G fr. 30 et que vous m'avez remis 5 centimes.

le juge, enthousiasmé. — Cher ami, vous êtes d'une précision
admirable !

le prévenu. — C'est révoltant.

le jlge.— Pas de gros mots, je vous prie. Vous êtes sorti du

l'opinion du jardinier

*- ... Nom d'un chien!... si c'est pas un chien allemand, c'est un èpagneul
d'Écosse ou un griffon russe... Ça vient d'Angleterre.

Parlement sans moyens d'existence connus. Expliquez-moi donc
comment vous pouvez avoir un loyer de 400 francs, vous fabriquer
tous les matins un col en papier blanc tout neuf et vous montrer
chez des traiteurs fréquentés par les cochers'de fiacre?
le prévenu. — C'est tout naturel.

le juge, indigné. — Tout naturel ! Allons, monsieur, avouez
plutôt...

le prévenu. — Ce système d'accusation est odieux.

le juge. — Avant-hier, vous vous êtes acheté une paire de bretelles.

arton. — Voilà une preuve ! Que pourra-t-il répondre à cela?

le prévenu. — Que je gagne vingt francs tous les soirs... Rendu
sage par l'expérience, j'en mets régulièrement quinze de côté...

arton, gracieux. — En ce cas, je vous indiquerai un placement
avantageux...

le juge, haussant les épaules. — Vous ne me ferez pas croire une
aussi forte bourde. Quel est le métier qui peut rapporter une pareille
somme ?

le prévenu. — Je vends des mouchoirs à l'Ambigu pendant les
entr'actes des Deux Gosses.

arton, enchanté. — Relâchez cet homme, mon cher juge, et pré-
sentez-lui toutes vos excuses. Je vais lui acheter son affaire et je
l'exploiterai moi-même. Pour combien de parts de fondateur voulez-
vous que je vous inscrive?

le juge. — Votre offre est très délicate, mon cher Arton, mais
mes fonctions ne me permettent pas...

arton, gaiement. — Allons, un léger effort, mon ami. Une petite
hernie à la conscience! Il faut songer à l'avenir! Le métier de juge
d'instruction n'est pas plus sûr que ça maintenant.

Edmond Deschaumes.

— La lune â un mètre! Quelle blague!... Avec la lunette dont je suis
l'inventeur, je la rapproche tellement qu'on est obligé de se retourner
pour la voir. Dessins de Paul Bakou.
Objekt
Titel: Le rire: journal humoristique
Künstler/Urheber: Baron  i
Inv.Nr./Signatur: G 3555 Folio RES
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
Schlagwort: Satirische Zeitschrift  i
Karikatur  i
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1897
Bildnachweis: Le rire, 3.1896-1897, No. 128 (17 Avril 1897), S. 2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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