Le rire: journal humoristique — 3.1896-1897 (Nr. 105-156)

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— Est-ce que depuis longtemps je ne devrais pas être décoré?

— Oui... mais vous n'avez jamais su faire couper une tête.

Dessin de É. Couturier.

GALIPETTES

Une brave dame, concierge en rupture de cordon, copieusement
installée dans un fauteuil d'orchestre, assistait à une représentation
du Misanthrope, à laquelle elle semblait prendre un vif intérêt.

Une chose cependant l'intriguait fort, savoir le nom des artistes,
et comme, le programme en mains, elle se penchait à l'oreille de sa
voisine, je l'entendis demander :

— Mais quel est donc celui qui fait Molière ?

Éternelle jalousie !
Haine irréconciliable !
Capulet ! Montaigu!

Les gens qui habitent un quartier débinent toujours le quartier
voisin.

Au théâtre Montmartre, hier soir, quelques Parisiens qui avaient
gravi la butte sacrée pour assister à une première, égayaient la
pièce au grand mécontentement des titis, qui crurent leur imposer
silence, en leur décochant, avec un visible mépris, cette phrase
typique :

— S'pèces de tuyaux, vous n'êtes pas ici à Batignolles '.

Quand en province le public se mêle d'avoir de l'esprit, soyez sûr
qu'il est le plus souvent à la vinaigrette.
Témoin ce fait :

On jouait Biaise et Babet. Fabre, le doyen des Colins, chantait
encore le rôle de Biaise à cinquante-cinq ans. Par malheur, c'était
son début à Toulouse, cette ville des saillies implacables.

Dans une scène, le père de Biaise dit au père de Babet :

— Je vais à la cave chercher une bouteille de ce bon vin vieux
qui rajeunit.

— Eh bé ! s'écrie un des habitués de l'orchestre, montez-en une
en même temps pour Biaise, ça ne peut pas lui faire du mal.

Ce mot cruel décida l'artiste à prendre sa retraite.

Dans un drame très noir, le traître vient de tuer cinq ou six per-
sonnages qui le gênaient visiblement ; enfin, comme après en
avoir exterminé un septième, il se demande de quelle façon il
pourra se débarrasser de ce nouveau cadavre, Gavroche lui vient en
aide, en lui criant des hauteurs paradisiaques :

— Mets-le en loterie !

Dans ce même drame, le jeune premier devait enlever l'amoureuse.

Malheureusement, celle-ci aurait pu faire partie de la société
des Cent kilos; aussi son infortuné camarade se grattait-il-le front,
perplexe, quand soudain Titi lui crie :

— Ce qu'il y en a, hein?

Encore un mot de situation... délicate.

C'était à Tulle. Galli-Marié chantait en représentation VOmbre, de
Flotow.

Pendant le deuxième acte, un rustre (le tambour de ville, on l'a

su après) s'oublie et... pan! une détonation formidable et prolongée.

Le public toujours bien élevé, au lieu de passer l'incident sous
silence, se tord tout entier dans une hilarité folle. Enfin, le calme
— un calme relatif — se fait.et la chanteuse reprend son air, mais
hélas! la guigne voulut que le premier vers que Galli eût à égrener
fût celui-ci :

j '; - , On dirait un soupir qui traverse l'espace.
On ne put achever la représentation.

Il y a une douzaine d'années, je me trouvais un soir au parterre
de la Comédie Française, derrière un très gros monsieur (c'est d'ail-
leurs ma chance quand je vais au théâtre), orné de son fils; tous
deux provinciaux.

Et j ouïs ces simples mots :

Le père, après avoir consulté son programme, se penche vers son
fils et lui nomme l'artiste qui tiradait :
■— Garraud... il est bon!
Cinq minutes après, même jeu :
— Got... il est bon aussi.

A Évreux, on joue un vieux drame interminable. Arrivés au sep-
tième tableau, les acteurs barbottent à plaisir d'abord, puis finale-
ment restent cois, interrogeant d'un regard anxieux celui qui secourt
les mémoires troublées ; mais ce souffleur, écrivain dévoyé et amer,
de leur dire, mélancolique et plein de mépris pour le texte vieux
jeu :

— Oh! tout ce que vous voudrez, allez!... ça vaudra mieux que ce
qui est écrit lâ!

Un chef d'orchestre auquel on ne peut dénier l'esprit d'à-propos
est celui du théâtre des Variétés de T... qui, voyant un public hou-
leux et chahuteux, et ne sachant comment rétablir le silence, cria
tout à coup, inspiré, à ses musiciens :

— Vite, l'hymne russe!

Un dimanche d'été, aux environs de Paris, on avait organisé pour
la fête du pays un concert de bienfaisance pour lequel on avait na-
turellement fait appel «à l'inépuisable charité des artistes» (ce sont
les termes qu'on emploie toujours avant; après, on ne dit rien, pas
même merci... mais passons). Le concert terminé, une voiture ra-
menait â la gare ceux des artistes qui jouaient, le soir même, à
Paris.

Parmi ceux-là se trouvait Grivot, de l'Opéra-Comique. Or, le voi-
turier qui, depuis le départ, brûlait du désir de complimenter l'ex-
cellent artiste sur la façon dont il avait chanté une de ces chanson-
nettes dites « a volubilité », s'écrie en lui donnant une bourrade :

— Ah! m'sieur Grivot! c'est épatant! vous... les mots... ça vous
vient... ça vous vient... comme du crottin.

Félix'GALIPAUX.

— Moi, je peins comme je sens.

— Ça prouve que tu sens mauvais, /voilà tout. Dessin de Lebègbb.

Werk/Gegenstand/Objekt

Titel

Titel/Objekt
Le rire: journal humoristique
Sachbegriff/Objekttyp
Grafik

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Aufbewahrung/Standort

Aufbewahrungsort/Standort (GND)
Universitätsbibliothek Heidelberg
Inv. Nr./Signatur
G 3555 Folio RES

Objektbeschreibung

Maß-/Formatangaben

Auflage/Druckzustand

Werktitel/Werkverzeichnis

Herstellung/Entstehung

Künstler/Urheber/Hersteller (GND)
Couturier, E.
Lebègue, Léon-G.
Entstehungsdatum
um 1897
Entstehungsdatum (normiert)
1892 - 1902
Entstehungsort (GND)
Paris

Auftrag

Publikation

Fund/Ausgrabung

Provenienz

Restaurierung

Sammlung Eingang

Ausstellung

Bearbeitung/Umgestaltung

Thema/Bildinhalt

Thema/Bildinhalt (GND)
Karikatur
Satirische Zeitschrift

Literaturangabe

Rechte am Objekt

Aufnahmen/Reproduktionen

Künstler/Urheber (GND)
Universitätsbibliothek Heidelberg
Reproduktionstyp
Digitales Bild
Rechtsstatus
CC BY-SA 4.0
Creditline
Le rire, 3.1896-1897, No. 140 (10 Juillet 1897), S. 2 Universitätsbibliothek Heidelberg
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