Le rire: journal humoristique — 3.1896-1897 (Nr. 105-156)

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DEVENUE PARISIENNE un escalier étroit et raide, où des plombs multiples donnaient un

petit air de Cantal.

D'Aumale me glissa à l'oreille1: « Il est entendu que je vous pré-
sente sous le nom de Costa de Beauregard. »

Pauvre cher duc ; môme en grimpant six étages, il savait rester
quand même grand seigneur! Nul d'entre nous n'aurait la grâce
aisée de ce vieillard robuste escaladant les marches quatre à quatre.
Derrière lui, je m'essoufflais.

Nous stoppâmes, parce que l'escalier s'étais lassé le premier de
monter. Une petite porte avec ces mots : « Chambournac, écrivain
public »

— C'est là, dit le duc avec simplicité. Il sonna. Une porte s'entre-
bâilla, pour laisser voir à regret la tête dépeignée d'une vieille femme
obèse.

— Vous désirez?

— « Causer affaires ! » Sur ces paroles significatives, nous ob-
tînmes la permission d'entrer. La grosse dame était vêtue d'un pei-
gnoir qui avait été rouge et n'était plus que' crasseux.

— Voici M. Costa de Beauregard, commença le duc; il a été reçu
hier, et comme il se trouve dans l'embarras au sujet d'un discours,
je l'ai adressé â votre maison. Faites-lui des prix d'amis.

— Asseyez-vous, monsieur, dit la vieille. Quel discours voulez-
vous? Nous avons trois types : le pompeux, Yému, Yenjoué. Le genre
pompeux est le moins cher.

— Je le choisis. Quel prix?

— Cinq cents francs, et nous fournissons le papier.

Au cours de ce marchandage, j'appris que la maison Chambournac
employait deux ouvriers seulement : l'un pour les discours, l'autre
pour les réponses. C'étaient deux poètes lyriques qui avaient eu des
malheurs; l'un s'était fait condamner pour histoires douteuses;
l'autre affectionnait le délit d'ivrognerie.

La vieille dame m'affirma que tous les discours, éloges funèbres
communications, rapports sur les prix, prononcés sous la coupole
en ces vingt dernières années sortaient de la maison : « Nous défions
la concurrence, tant pour la syntaxe que pour la tournure dite
académique. »

J'étais édifié; je me retirai, un peu dégoûté.

J'ai gardé le silence jusqu'ici. Mais aujourd'hui, je me considère
ç^Eh! dites, mamz'elle, seriez-vous point la Marion de Morlampion-la- comme délié de mon serment, et je parie.

^ Il est honteux que l'on tolère, à la fin du XIXe siècle, pareille simo-

fl,\T\Tiens, Prosper! C'qu't'es bath en biffln! T'as l'air mariolle comme un nie littéraire !
uc du patelin!

"""" Mais quoi qu'é dit donc, bon Dieu? quoi qu'é dit donc, la Marion? Bill-Sharp.

RÉVÉLATIONS

. Nous aurons beau crier : « Assez de scandales! » on n'en conti-
Uera pas moins à découvrir, chaque semaine, un scandale nouveau.
*1 y a six mois, plusieurs universitaires furent compromis dans
^6 vilaine aventure; il fut prouvé que, moyennant une légère rétri-
ution, ces messieurs passaient les examens du baccalauréat aux lieu
place de jeunes cancres opulents mais canailles.
La colère publique soulevée par ces révélations est â peine cal-
que Ton met à jour une autre affaire malpropre :

faK Paraitrait qu'au Quartier Latin certains étudiants en médecine
abriqUent des thèses de doctorat pour le prix modique de deux
Ce*ts francs.

.Ceci n'est rien encore ; nous avons éventé une fraude plus impor-
jrnte encore et telle que l'on se demande avec stupeur où s'arrêtera
audace des faussaires ! Ecoutez ! (la chose est d'une gravité telle
JjUe je me décide à l'annoncer en capitales) il existe a paris une

flClNE OU L'ON FABRIQUE LES DISCOURS DE RÉCEPTION A L'ACADÉMIE

*Unçaise... Voici comment j'ai su la vérité; je n'avance rien que je
6 puisse prouver.

depuis quelque temps, je remarquais une étrange ressemblance
utre les discours des récipiendaires ; même redondance, mêmes tour-
nes emphatiques, même abus des périodes, mêmes idées; on eut dit

^J1 une seule inspiration essayait d'animer ces discours; un examen

*j us attentif me permit de constater ces analogies dans les discours
es académiciens chargés de recevoir leurs nouveaux collègues.

-^Ju jour, comme je communiquais mes observations au duc d'Au-

erï °> il sourit énigmatiquement et finit par s'ouvrir à moi : « En
'et, me dit-il, les discours en question sont l'œuvre de fraudeurs,
si vous me jurez le secret, je vous ferai connaître les fraudeurs en

Gestion. »

^u serment ne me coûte rien ; je jurai.
.Le ducd'Aumale me fit monter en voiture, et nous allâmes rue des
s n»bais ; je vois encore la maison; une petite porte bâtarde, donnant

r un couloir gluant, qui sentait le chat amnésique (1) ; puis ce fut _ Qu-estrCe qui pue comme ca, ici?

— C'est rien, c'est le phénol, parce que monsieur jest près de la cuisine.
Ca-d. le chat qui s'est oublie. (N. D. L. A.) Si monsieur veut changer de place? Dessin de G. Hvard.
Objekt
Titel: Le rire: journal humoristique
Künstler/Urheber: Huard, Charles  i
Inv.Nr./Signatur: G 3555 Folio RES
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
Schlagwort: Satirische Zeitschrift  i
Karikatur  i
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1897
Bildnachweis: Le rire, 3.1896-1897, No. 141 (17 Juillet 1897), S. 3
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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