Le rire: journal humoristique — 3.1896-1897 (Nr. 105-156)

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CHOSES VUES,

— Vois-tu, c't'imbécile qui nous regarde.

NOTES POUR UN ROMAN

Depuis que ses ouvrages étaient mis à l'index, il ne mangeait plus
que sur le pouce.

Le marquis leva la main pour frapper son ennemi, mais il la laissa
retomber sans force, murmurant :

— M'attaquer à un être plus fort que moi? Non, non, jamais je
ne commettrai cette lâcheté.

Il avait pratiqué dans son château des souterrains habilement dis-
simulés. Il n'avait qu'à appuyer sur un bouton di; son caleçon et une
porte secrète s'ouvrait dans le mur.

Depuis que l'inconduite de la comtesse l'avai î forcé à se séparer
d'elle, il affectait de la tenir pour morte et poitait le grand deuil.
Comme il était très élégant, on l'appelait le Veuf à la mode.

Quand un étranger lui demandait des nouvelles de sa femme, il
répondait d'un ton triste :

— Elle n'est plus de ce monde.
Et tout bas il ajoutait :

— Maintenant elle est du demi-monde.

— Mes enfants, disait le bon vieillard, Dieu a créé de beaux
fruits qui vous séduisent et vous tentent; mais sachez qu'ils ne
valent pas les fruits de l'épargne et du travail.

Il refusait de manger en hiver, disant qu'il n'avait pas assez de
sueur au front pour gagner son pain.

Le malade étouffait, ses mains se crispaient, il râlait avec an-
goisse :
— « De l'air ! de l'air ! »

Alors le médecin appela un joueur d'orgue et lui ordonna de jouer
l'air de la Reine Hortenae.

Quand le malheureux reprit ses sens, il s'aperçut avec terreur qu'il
était devenu fou.

Quand il sut que, pour obtenir la faveur qu'il sollicitait, il lui
fallait montrer patte blanche, le nègre fut pris d'un grand découra-
gement.

Tout jeune, l'enfant s'était passionné pour ces grandes chasses
aux fauves, dont il lisait le récit clans les livres de Gustave Aymard;
aussi dès qu'il eut atteint sa quinzième année demanda-t-il à entrer
comme chasseur dans un café.

Il avait une grande réputation de charité. Il ne pouvait voir un
malheureux sans aller à lui, la main ouverte... On l'avait vu un jour
donner sa canne à une jeune fille pauvre pour l'aider à soutenir sa
famille.

Il possédait une admirable collection de dessins des grands
maîtres; mais il déclarait qu'il la considérait comme incomplète,
tant qu'il n'aurait pas un spécimen de ceux de la Providence.

La comtesse se mordit les lèvres avec tant de force qu'elle se
cassa une dent.

Il faisait des affaires louches sous le couvert d'un individu qu'il
rétribuait pour qu'il lui prêtât son nom; mais un jour, en jetant une
allumette mal éteinte, il mit sans le vouloir le feu à son homme de
paille.

Lorp Cheminot.
Objekt
Titel: Le rire: journal humoristique
Detail/Element: Choses vues, par Puppett
Künstler/Urheber: Veber, Jean  i
Inv.Nr./Signatur: G 3555 Folio RES
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
Schlagwort: Satirische Zeitschrift  i
Karikatur  i
Beschreibung: Bildunterschrift: - Vois-tu, e't'imbécile qui nous regarde.
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1897
Bildnachweis: Le rire, 3.1896-1897, No. 148 (4 septembre 1897), S. 2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
Bild-ID HeidIcon: 359383
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