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Le rire: journal humoristique — 7.1900-1901 (Nr. 313-364)

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https://doi.org/10.11588/diglit.21882#0006
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L’ENCYCLOPÉDIE LAROSSE

CHANSON (Congrès
de). — L’usage de la
chanson étant de plus en
plus entré dans nos
moeurs, le chansonnier
a pris une part prépon-
dérante dans l'état social.

Il se divise en plusieurs
castes. La plus répandue
est celle du chansonnier
montmartrois, ainsi nom-
mé parce qu’il partage
sa lyre entre la Butte sa-
crée et le quartier Latin.

On a vu des chansonniers très'prolifiques composer jus-
qu'à trois chansons par an — mais le nombre en est rare.
Le Congrès des chansonniers est une institution qui tend
à devenir nationale, car elle a pour but de rénover l’Art de
là' Chanson en se servant des formes antiques et démodées
employées par les pères du genre. Comme qui dirait un
ressemelage.

CHINE. — Le minis-
tre de Chine à Londres,
qui est également accré-
dité auprès de la cour de
Rome, a reçu, en consé-
quence, de l’empereur de
Chine, l’ordre d’envoyer
au président de la Répu-
blique Française le mes-
sage suivant :

« L’empereur do Chine
demande des nouvelles
du Président de la Répu-
blique, de sa dame, de sa demoiselle et de son garçon.

« La Chine, dans un mouvement téméraire, s’est rendue cou-
pabe vis-à-vis des puissances amies; mais je suis con-
vaincu que Votre Excellence voudra bien considérer que
voici venir l’époque de la ponte des faisans dorés dans
l’inexprimable circonférence de notre Céleste Empire du
milieu, que la femelle abandonnant le mâle aussitôt après
la copulation, fait son nid à terre, qu’elle y pond des œufs
au nombre de douze à vingt-quatre, un peu moins gros
que des œufs de poule et très minces de coquille, que, par
suite de la présence de ces œufs sur le sol, il va de soi
que la marché des troupes amies devient particulièrement
délicate et que pour ne rien perdre nous serons obligés
de faire de nombreuses omelettes partout ou elles se trou-
veront....

« Malgré l’incommode disposition en longueur de ces mi-
nes. nous exploitons de notre mieux vos chemins de fer et
Je kilomètre de rails, qui ne valait primitivement que cinq
cents taëls, environ atteint aujourd’hui deux et trois mille
taéls, converti par nos soins en canons et en épingles à
cheveux...

« Nous apprenons enfin avec étonnement que les ministres
des puissances en Chine n’ont aucune instruction. Tous nos
plénipotentiaires étant de fins lettrés, ce manque d’égards
nous chagrine beaucoup.

« Je fais des vœux pour que vous viviez anssi longtemps
que notre immortelle dynastie. »

FORTIFICATIONS.

— Le mur murant Paris
rend Paris murmurant,
comme a dit je ne sais
quel illustre poète dont
le nom est tombé dans
la fange de l'oubli. L-s
fortifications sont des ou-
vrages avancés qui ser-
vent en temps de guerre
à préserver une ville
contre les attaques de
l'ennemi. On les utilise
en temps de paix au
service de la gabelle au moyen d’ouvertures pratiquées de
place en place et où sont embusqués de sinistres bandits
habillés de vert — le vert se confond bien avec la verdure
de la campagne — et appelés octroyeurs. Les fortifications
de Paris en font exactement et extérieurement le tour. Quel-
ques hardis pionniers s’y aventurent le dimanche, munis
de boîtes de sardines et de veau froid dans le but. hygié-
nique de manger ces victuailles sur l’herbe. Les prévoyants
emportent de l’herbe.

GRAND CHANCE-
LIER. — Le Berliner
Tasdeblag raconte que le
matin môme de sa nomi-
nation, l’emperqur fit ap-
peler M. de Bülow et lui
dit :

« — M. de Bülow, vous
voici donc à la place qu’oc-
cupa M. de Bismarck,
mais les temps sont chan-
gés. Savez-vous bien ce
qu’il vous faudra faire? »

M. de Bülow garda un
respectueux silence.

« — Rien, absolument rien, reprit Guillaume II, vous
m’entendez bien, vous ne ferez rien. Il ne faudra même pas
que l’on puisse soupçonner votre présence, vous n’agirez
que sous le. couvert du manteau."))

Et comme M. de Bülow paraissait s’étonner de ce singu-
lier programme :

« — Ignorez-vous donc, fit brusquement l’empereur, avec
un sourire, qu’à partir d’aujourd’hui, vous ôtes mon bras
gauche... »

Voilà certes une plaisanterie qui, faite par un autre que
par lui-même, eût avec raison semblé à l’empereur d’AlIc-
magne quelque peu déplacée.

METROPOLITAIN —

La construction du Mé-
tropolitain offre un exem-
ple à suivre pour nos
tramways de pénétration.

On sait en effet que ceux-
ci, comme leur nom l’in-
dique, sont uniquement
destinés à pénétrer dans
tous les obstacles qu’ils
rencontrent: voitures,pas-
sants, devantures de bou-
tiques... Ne serait-il pas
plus sage de faire péné-
trer ces destroyers une bonne fois sous terre, comme on
l’a fait pour le Métropolitain et de les utiliser pour percer
d’importantes galeries dans les pays miniers?

ORTOGRAPHE (Ré-
forme de 1’). — Après la
réforme de i’ortographe
on nous annonce celle de
l’écriture. Aurons nous
enfin des avis de contri-
butions et des reçus de
la poste à peu près lisi-
bles? Mais que faut-il en-
tendre par cette réforme ?

Si chacun peut écrire sui-
vant sa fantaisie en ca-
ractères arabes, anglais
ou japonais, cela va très
certainement nuire à la
clarté des manuscrits. Personne n’ignore de nos )ours la
mobilité des caractères utilisés dans les journaux. La Presse
n'y a certes pas gagne en dignité !

SEINE (Eau de). — L'eau de Seine est un produit pres-
que liquide qui tire son nom du fleuve où on l’extrait et rend
d’immenses services à l’alimentation parisienne. Elle se

compose d’éléments di-
vers, tels que chiens,
chats, rats d égoût, dé-
tritus de tout genre,
chair humaine variée et
avariée ; tous ces com-
pléments entrant pour
les trois quarts dans sa
composition, l’eau pour
le quatrième quart, Em-
ployée à l’usage ekterne,
elle est presque inoffen-
sive, employée à l'usage
interne elle est plus nu-
tritive que desaltérante. On a vu certains poissons y vivre
plusieurs heures, mais dans un état de saleté répugnante.

VOITURES DECOU-
VERTES, — Decouver-
tes par qui? Le nom de
I inventeur se perd dans
la nuit des temps. D’ail-
leurs elles sont ainsi
nommées parce qu’elles
livrent le voyageur aux
intempéries des saisons.

Elles sont ordinairement
conduites par un fonc-
tionnaire désagréable ap-
pelé cocher et traînées
par un animal à .quatre

pattes surnomme cheval, ainsi que son nom 1 indique. Les
voitures couvertes servent le plus souvent aux rendez-vous
amoureusement clandestins. Dans ce cas elles vont au tout
petit pas, tous stores baissés. L invention des voitures re-
monte à la plus haute antiquité et a suivi de très près celle
de la roue qui leur rend d’incontestables services. Les
voitures à roues carrées sont d’un emploi peu courant dans
la carrosserie moderne.

Larosse.
 
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