Rocznik Muzeum Narodowego w Warszawie — 2.1957

Page: 624
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Des exemplaires de cartes de tarots conservées dans plusieurs collections (pour la plupart de Lombardie)
permettent d’identifier nos cartes comme figures de tarocco.

Le jeu complet de tarots comptait 78 cartes: quatre séries de 14 cartes chacune et 22 cartes figurées appelées
trionfi ou arcani. Les quatre couleurs, dites pali, comprenaient quatre atouts chacune (roi, reine, cavalier et valet —-
en anglais Knight and Knavë) et dix cartes à points; les séries portaient les noms suivants: coupes — coppe (cups),
épées spade (swords), deniers — denari (coins), bâtons — bastoni (staves), ce qui devait symboliser les quatre états:
le clergé, la noblesse, la bourgeoisie et le peuple. Les deux cartes en question sont donc des cartes de tarots : la
reine des coppe et le cavalier des denari.

On peut établir les rapports des deux cartes de Varsovie avec les cartes de tarots de la collection Visconti
à Milan peintes pour le duc Filippo-Maria Visconti par son secrétaire Marziano da Tortona après 1428 (en tout
cas avant 1447 — date de la mort du duc); avec 48 cartes de la famille Brambilla à Milan, exécutées probablement
aussi pour Filippo-M. Visconti; avec celles enfin d’une série conservée à Bergame, en partie dans la collection
Colleoni, en partie dans les collections du Museé Carrara. Cette dernière série fut probablement exécutée par
Antonio Cicognara pour le cardinal Ascanio Sforza en 1484.

Toesca et Venturi signalent des cartes semblables dans les collections de Vienne et de Stuttgart, la littérature
citée par eux ne m’a pas été accessible.

Les cartes de la collection Visconti et des collections de Bergamo reproduites ici s’apparentent aux cartes
de Varsovie surtout par une certaine rigidité des figures due à leur forme verticale très étroite. D’autre part les
traits expressifs des visages, le type physique des modèles, la composition, le choix des accessoires et le coloris
constituent le caractère du style de l’artiste. Les costumes nous permettent de fixer l’époque de la fabrication
vers la moitié du XV-ème siècle. L’empreinte individuelle de l’artiste laisse présumer l’origine florentine des
cartes et permet de les rapprocher du milieu artistique de Benozzo Gozzoli. Les erreurs dans le dessin et la peinture
font éliminer la main du maître lui-même et font classer nos cartes parmi des produits d’atelier.

Les deux cartes, étudiées ici, se trouvent au Musée National de Varsovie depuis l’an 1946. Elles proviennent
de la collection Potocki à Krzeszowice, près de Cracovie. Ces cartes ont été mentionnées par Graesse et d’après
Graesse par W. L. Schreiber. Suivant Graesse le professeur Hübner connaissait l’existence de ces cartes et devait
leur consacrer une étude. Malgré mes recherches je n’ai pu m’informer si cette étude a paru.
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