Vitruvius ; Perrault, Claude [Transl.]
Les Dix Livres D'Architecture De Vitruve: Corrigez Et Tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures — Paris, 1673 [Cicognara, 727]

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%ié VITRUVE L I V R E V ï.
Cha*. XI. que chaque Dentelure ait la mesmeépaiucur que le mur , & qu'elle s'éloigne autant du mur A
qu'il soûtient, que la terre qu'il soûtientest haute. Enfin vers l'extrémité des Angles, après
s'estre éloigné de l'Angle intérieur d'un cspace égal à la hauteur du mur qui soûtient la
terre, on fera une marque de chaque costé, & de l'une de ces marques à l'autre on fera une
muraille diagonale, du milieu de laquelle une autre partira qui ira joindre l'Angle du mun
Parce moyen les Dantelles avec cette Diagonallc empeseheront que la terre ne presle&
ne pousTe le mur avec tant de force.
J'ay donné ces avertisTemens à ceux qui entreprennent des Bâtimens, afin qu'ils sc don-
nent de garde des fautes que l'on peut commettre en bastissant : car pour ce qui est des pré-
cautions qui sont necesfairespour la Couverture & laCharpenterie, elles ne sont pas de si
grande importance, pareeque s'il arrive que ces choses soient gâtées * on en peut facilement
remettre d'autres 5 & c'est là ce que j'avois à dire sur les moyens qu'il y a de rendre fermes & B
stabies des Edifices, qui semblent ne le pouvoir estre de leur nature*
Mais quant à ce qui regarde les choies qui sont necessaires pour l'exécution de ce que
j'ay prcscritjCelan'estpasdu fait de l'Architecte: pareeque, comme il a esté dit cy-devantj
on ne trouve pas en tous lieux ce dont on a besoin, & il dépend de la volonté du maistre
qui fait bâtir, d'employer la brique, le moilon, ou la pierre de taille. Car enfin on juge en
trois manières des ouvrages,^ voir sélon que l'on en considere ou le Travail, ou la Magni*
ficence,oula Disposîtion. Quand on voit un ouvrage où on a employé tout ce que la ri-
chesse d'une personne puissante peut fornir, on loue la Dépense : n on remarque qu'il est
bien finy & bien recherché, on estime l'Artisan qui y a travaillé : Mais quand il est recom-
mandable par la beauté de sa proportion, c'est alors que l'on en admire l'Architecte. Ilfaut
pourtant qu'il sçache que pour bienreusïiril ne doit pas négliger les avis que les moindres C
Artisans, & ceux mesmes qui ne sont point de sa profesfion luy peuvent donner : car ce ne
sont pas les seuls Architectes, mais généralement tout le monde, qui doit juger des ouvra-
ges. Il y a néanmoins cette différence que ceux qui ne sont pas Architectes ne peuvent ju-
ger de l'ouvrage qu'après qu'il est achevé ; ' Mais l'Architecte connoist la beauté d'un Bâti- *
ment dont il a formé l'idée,, avant mesmeque d'avoir commencé à l'exécuter.
Ayant donné les règles qu'il faut suivre dans la construction des édifices Particuliers
le plus clairement qu'il m'a esté posïîble, il me reste à parler des ornemens qui les peuvent
embellir, & des choses* qui les conservent long-temps & les empesehent de se gaster. C'est
ce que je pretens faire dans le livre qui suit. '
1. Mais i'àrchitecte connoist. Je ne fcay si dans l'elprit d'un des plus célèbres Architectes de nostre siede,qui J)
cet endroit de Vitruve est caulè de la vanité de la plupart des non feulement n'estoit point assûré des dessèins qu'il avoit long-
Àrchite&es qui veulent que l'on croye qu'ils n'ont que faire de temps estudiez & méditez, mais qui après en avoir fait faire des
modèles que pour faire comprendre à ceux pour qui ils bastûTent modèles, abattoit jusqu'à deux ou trois fois les bastimens lors
& aux Ouvriers, quelle est leur pensée, & non pas pour la recti- ' qu'ils estoient achevez pour y corriger des désauts qu'il n'avoit
- fier & pour la corriger : mais il est certain que k préemption que pu prévoir auparavant.
Vitruve vcutky qu'un Architecte ait de sa capacité, n'estoit point

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