Vitruvius ; Perrault, Claude [Transl.]
Les Dix Livres D'Architecture De Vitruve: Corrigez Et Tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures — Paris, 1673 [Cicognara, 727]

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A / ~\:.'j LE SEPTIEME LIViË
DE VI T R U V ■.%."::
P R E F A C J&;
IL saut avouer que nos Anccstres ne pouvoient rien faire de plus sage ny de plus utile
que de mettre par écrit leurs belles inventions. Car c'est ce qui nous en a conlervé lame^
moire :& il est arrivé que chaque siecle ayant ajouté quelque chose aux connoisTanees des
siecles precedens, les Arts & les Sciences ont esté portées à la perfection où nous les voyons
B maintenant. On ne sçauroit donc avoir asTez de reconnoisTance pour ceux quine noUs ont
point envié par leursilence les belles connoisTanees qu'ils ont eues } mais qui ont pris lé
soin de les communiquer à leurs deseendans. Car on auroit éternellement ignoré ce qui
s'estpasTéàTroye,&nousne sçaurions point quelles ont esté les opinions de Thaïes, dé
Democrite, d'Anaxagore, de Xenophanes& de tous les autres Philosophés touchant les
choses Naturelles, ny par quels préceptes Socrate, Platon > Aristote, Zenon, Epicure, &
les autres ont réglé lesMœurs& toute la conduite de la vie; Enfin jamais nous n'aurions en-
tendu parler des actions de Crcesus, d'Alexandrei de Darius, ny des autres Rois 3 si nos
Ancestres n'eussent pris le soin d'écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes
ces choses pour en faire part à toute la posterité.
Mais si ces grands personnages méritent beaucoup de louange, il faut avouer quel'on
C ne peut asTez blâmer ceux qui ont dérobé leurs écrits pour en paroistre les Auteurs, & que
l'envie qui les a portez à vouloir supprimer les ouvrages d'autruy pour s'en faire honneur^
demande quelque chose de plus que le blâme, & mérite une punition tres-severe. L'on
voit des exemples d'une telle punitionparmy les anciens, & je crois qu il n'est pas hors de
propos de rapporter icy quel a esté le jugement qui fut autrefois rendu contre ceux qui se
trouvèrent coupables d'un tel crimek
* * Les Rois Attaliques qui aimoient extrêmement les belles lettres t ayant dresfé à Per-
game une fort grande Bibliothèque, le Roy Ptolomée qui ne leur cedoit point en cette no-
ble & excellente curiosité, prit ausïi le soin d'en faire une pareille à Alexandrie :&par-
cequ'il ne secontentoit pas des livres qu'il y avoit déjà amassez en grand nombre, & qu'il
la vouloir augmenter tous les jours autant qu'il luy estoit posïïble, en jettantj s'il faut
D ainsi dire > les semences d'une infinité de livres s il s avisa de fonder pour cet effet des Jeux en
l'honneur des Muses & d'Apollon, demésme qu'on enavoit fondé pour les Athlètes, &il
proposa des honneurs & des recompenses à toutes sortes d'Ecrivains qui y auroient emporté
le prix. Or ces Jeux ayant esté publiez,quand on vint à choisir des Juges parmi les gens de let-
tre qui estoient dans la ville, il ne s'en trouva d'abord que six qui fussent estimez capables de
cet employ,& le Roy en cherchant un septiéme,& ayant demandé à ceux qui avoient soin de
sa Bibliothèque s'ils ne connoisToient point quelqu'un, ils luy proposerent un certain Ari-
stophane, qui estoit grandement attaché à lire incesTamment les livres de la Bibliothèque.
Ainsi les Juges estant placez au milieu des Jeux sur leurs sieges, Aristophaneyfut apellé,&
placé avec les autres. La dispute commença par les Poètes qui lurent chacun leurs Ouvra-
ges y desquels le peuple jugea incontinent, & fit comprendre ce qu'il en pensoitaUx Juges,
* qui ayant esté priez de dire leur avis, les six donnèrent le premier prix à ecluy, *en faveur
E
1. Les Rois Attaiiquis. Plutarque écrit que cette que le feu y futmisparmégarde, & par des soldats qui n'estoient
Bibliothèque des Rois de Pcrgame estoit de deux cent mille vo- pas Romains, mais des. troupes auxiliaires-, comme ayant de là
lûmes. Celle des Rois d'Egypte en avoit jusqu'à fcptcent mille, peine à soussrir qu'une astion si barbare puissè estre reprochée à
au rapport d'Aulugelle. Et Galienjdit que parmy les Rois d'E- ceux de sa nation ; vd que les Perlés tous Barbares qu'ils sonti
gypte la manie d'acroistre le nombre des uvres de leur Biblio- avoient épargné la Bibliothèque d'Athènes lorsquc Xerxes prit
theque estoit si grandequ'ils acheptoient bien cher tous ceux que la Ville & qu'il la fit brûler.
l'on leur apportoit , & que cela a donné occasion de siippofer i. En paveur duquel, ilya dans letexte^»CT» maximi
quantité de livres aux Auteurs célèbres, (bus le nom desquels on adverterunt mukitudini placwjse. Je croy qu'il faut cm obtigerat
faisoitpassèr des Traitez-qu'ils n'avoient point compofez, afin muhitudini plamijji, afin que cet endroit ait le sens qu'il doit avoir:
de les faire valoir davantage. Galien dit cela pour saire entendre pareeque les Juges ne sùivirent pas l'avis du peuple par complai-
qu'ily a des livres que l'on amis entre les Oeuvres d'Hipocrate sance ; mais parce qu'en effet l'ouvrage que le peuple avoit aprou»
qui n'en sont pas. Cette Bibliothèque fut bradée par les Romains vé estoit le meilleur. Et Aristophane ne fut d'avis contraire au
dans la première guerre qu'ils firent en Egypte. Aulugclle dit peuple & aux autres Juges, que parce qu'il seavoit que cet Ou>
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