Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Sixieme = Theatre, Tome VI): Theatre — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1784 [VD18 90793293]

Page: 268
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vengée par lui, et qui doit être à ses pieds, le menace en antithêses si
recherchées, et dans un style si obscur, de le faire condamner à la mort
pour servir d’exemple; et finisse enfin par lui dire: Adieu, Céfar, tu
peux tevanter que j’ai fait desvaux pour toi une fois enmavie. Avez-vous pu
seulement entendre ce froid rationnement, 'sussi faux qu'alambiqué:
comme autre qu’un Romain n’a pu ajservir Rome, autre qu’un Romain, ne l’en
peut garantir,
IJ n’y a point d’homme un peu accoutumé aux affaires de ce monde
qui ne sente combien de tels vers sont contraires à toutes les bienséances,
à la nature, à la raison, et même aux règles de lapoésie, qui veulent
que tout soit clair, et que rien ne soit forcé dans l’expression.
Dites-moi donc par quel prestige vous avez applaudi sans cesse des
tirades aussi embrouillées , sussi obscures , sussi déplacées ? Mais dites-moi
surtout pourquoi vous n’avez jamais marqué par la moindre accla-
mation votre jiiste consentement des véritables beaux vers que débite
Andromaque dans une Ctuation encore plus douloureuse que celle de
Cornélle.

Je confie à tes soins mon unique trésor.
Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d’Hector. , .
Fais connaître à mon fils les héros de sa race ;
Autant que tu pourras conduis - le sur leur trace :
Dis - lui par quels exploits leurs noms ont éclaté ,
Plutôt ce qu’ils ont fait que ce qu’ils ont été ;
Qu’il ait de ses aïeux un, souvenir modeste.
Il est du sang d’Hector, mais il en esb le reste;
Et pour ce refte enfin, j’ai moi-même, en un jour,
Sacrifié mon sang, ma haine et mon amour.
Les hommes de .cabinet qui réfléchissent, les femmes qui ont une
sensibilité si fine et si juste, les gens de lettres les plus gâtés par un vain
savoir, les barbares mêmes des écoles, tous s’accordent à reconnaître
l’extrême beauté de ces vers sisimples d’Andromaque. Cependant pourquoi
cette beauté n’a-t- elle jamais été applaudie par le parterre ?
Cet homme de bon sens et de bonne foi me répondit: Quand nous
battions des mains au clinquant de Çornélie, nous étions des écoliers
élevés par des pédans, toujours idolâtres du faux merveilleux en tout
genre. Nous admirions les vers ampoulés, comme nous étions saisis de
vénération à l’aspect du St Çhristophe de Notre-Dame. Il nous fallait
du gigantesque. A la fin nous nous appërçûmes à la vérité que ces
figures colosiàles étaient bien mal dessinées; mais enfin elles étaient
eolossales, et cela suffisait à notre mauvais goût.
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