Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dixieme): La Henriade: Poeme — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793692]

Page: 298
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/voltaire1785bd10/0306
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
2()S ESSAI SUR LES GUERRES
au mois d'août 1572, le signal fut donné à minuit.
Toutes les maisons des protestans furent forcées et
ouvertes en même temps. L’amiral deColigny, alarmé
du tumulte, sauta de fou lit. Une troupe d’assaiïins
entra dans sa chambre; un certain Befme, lorrain ,
qui avait été élevé domestique dans la maison de
Guife, était à leur tête; il plongea son épée dans
le sein de l’amiral, et lui donna un coup de revers
sur le visage.
Le jeune Henri duc de Guife, qui forma ensui te
la ligue catholique, et qui fut depuis assassiné à Blois,
était à la porte de la maison de Coligny, attendant
la fin de l’assassinat, et cria tout haut : Befme, cela
ejl-il fait? Immédiatement après, les asiassins jetèrent
le corps par la fenêtre. Coligny tomba et expira aux
pieds de Guife , qui lui marcha sur le corps ; non
qu’il fût enivré de ce zèle catholique pour la per-
sécution, qui dans ce temps avait infecté la moitié
de la France; mais il y sut poussé par l’esprit de
vengeance, qui, bien qu’il ne soit point en général
si cruel que le faux zèle pour la religion , mène
souvent à de plus grandes bassesses.
Cependant tous les amis de Coligny étaient attaqués
dans Paris : hommes, en san s , tout était massacré
sans distinction : toutes les rues étaient jonchées de
corps morts. Quelques prêtres , tenant un crucifix
d’une main et une épée de l’autre, couraient à la
tête des meurtriers , et les encourageaient au nom
de dieu de n’épargner ni parens ni amis.
Le maréchal de Tavanes, soldat ignorant etsupers-
titieux , qui joignait la fureur de la religion à la rage
du parti, courait à cheval dans Paris, criant aux
loading ...