Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Treizieme): Epitres — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793730]

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Ce monstre politique au Parnasse adoré,
Teint du sang de son roi, fut aux Dieux comparé ;
Mais , malgré les succès de sa prudente audace ,
L’univei-s indigné démentait le Parnasse ;
Et de Waller enfin les écrits les plus beaux
D’un illustre tyran n’ont pu faire un héros.
L o uis fit sur son trône asseoir la ssatterie ;
Louis fut encensé jusqu’à l’idolâtrie:
En éloges enfin le Parnasse épuisé
Répète ses vertus sur un ton presqu’usé ;
Et, l’encens à la main, la docte académie
L’endormit cinquante ans par sa monotonie.
Rien ne nous a séduits : en vain, en plus d’un lieu,
Cent auteurs indiscrets l’ont traité comme un dieu :
De quelque nom sacré que l’opéra le nomme,
L’équitable Français ne voit en lui qu’un homme.
Pour élever sa gloire , on ne nous verra plus
Dégrader les Césars, abaisser les Titus ;
Et, si d’un crayon vrai quelque main sibre et sûre
Nous traçait de LOUIS la fidelle peinture,
Nos yeux trop dessilés pourraient dans ce héros
Avec bien des vertus trouver quelques défauts.
Prince , ne crois donc point que ces hommes vulgaires
Oui prodiguent aux grands des écrits mercenaires ,
Imposant parleurs vers à la postérité ,
Soient les dispensateurs de l’immortalité, (d)
Tu peux, sans qu’un auteur te critique ou t’encense ,
Jeter les sondemens du bonheur de la France ;
Et nous verrons un jour l’équitable univers
Peser tes actions sans consulter nos vers.
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