Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Treizieme): Epitres — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793730]

Page: 260
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s6o E P I T R E
La nature y mourait, je lui portai la vie;
J’osai ranimer tout. Ma pénible industrie
Ralsembla des colons par la misère épars,
j’appelai les métiers qui précèdent les arts ;
Et pour mieux cimenter mon utile entreprise ,
J’unis le protestant avec ma sainte église.
Toi qui vois d’un même œil frère Ignace et Calvin y
Dieu tolérant, dieu bon, tu bénis mon dessein !
André Ganganelli , ton sage et doux vicaire ,
Sait m’approuver en roi s’il me blâme en Paint-père.
L’ignorance en frémit : et Nonotte hébété
S’indigne en son taudis de ma félicité.
Ne me demande pas ce que c’est qu’un Nonotte,
Un Ignace, un Calvin, leur cabale bigotte ,
Un prêtre roi de Rome, un pape, un vice-dieu
Qui, deux cless à la main, commande au même lieu
Où tu vis le sénat aux genoux de Pompée ,
Et la terre en tremblant par Cesar usurpée.
Aux champs élysiens tu dois en être instruït.
Vingt siècles descendus dans l’éternelle nuit
T’ont dit comme tout change, et par quel sort bizarre
Le laurier des Trajans fit place à la tiare ;
Comment ce fou d’Ignace , étrillé dans Paris,
Fut mis au rang des saints, même des beaux esprits,
Comment il en déchut ; et par quelle aventure
Nous vint l’abbé Nonotte après l’abbé de Pure.
Ce monde, tu le sais , est un mouvant tableau,
Tantôt gai, tantôt triste, éternel et nouveau.
L’empire des Romains finit par Augustule ;
Aux horreurs de la fronde a succédé la bulle ;
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