Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Seizieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome I): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794079]

Page: 533
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DU TEMPS DE HUGUES-CAPET. 533

tout domaine que les villes de Laon et de Soissons ,
et quelques terres qu’on lui contestait. L’hommage
rendu par la Normandie ne servait qu’à donner au
roi un vassal qui aurait pu soudoyer son maître.
Chaque province avait ou ses comtes ou ses ducs
héréditaires ; celui qui n’avait pu se saisir que de
deux ou trois bourgades , rendait hommage aux
usurpateurs d’une province ; et qui n’avait qu’un
château, relevait de celui qui avait usurpé une ville.
.De tout cela s’était fait cet assemblage monstrueux
de membres qui ne formaient point un corps.
Le temps et la nécessité établirent que les seigneurs
des grands fiefs marcheraient avec des troupes au
secours du roi. Tel seigneur devait quarante jours
de service , tel autre vingt - cinq. Les arrière - vassaux
marchaient aux ordres de leurs seigneurs immédiats.
Mais si tous ces seigneurs particuliers servaient l’Etat
quelques jours, ils se fesaient la guerre entr’eux
presque toute l’année-. En vain les conciles, qui
dans ces temps de crimes ordonnèrent souvent des
choses justes , avaient réglé qu’on ne se battrait
point depuis le jeudi jusqu’au point du jour du
lundi, et dans les temps de Pâques et dans d’autres
folemnités ; ces réglemens , n’étant point appuyés
d’une justice coercitive, étaient sans vigueur. Chaque
château était la capitale d’un petit état de brigands ;
chaque monastère était en armes : leurs avocats,
qu’on appelait avoyers , institués dans les premiers
temps pour présenter leurs requêtes au prince et
ménager leurs affaires , étaient les généraux de leurs
troupes , les moissons étaient ou brûlées , ou coupées
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