Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

Page: 42
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Rome était bien punie de l’intrépidité de sôa
pape. Robert Guifcard duc de la Fouille, l’un de ces.
fameux Normands dont j’ai parlé , prit le temps
de l’absence de l’empereur, pour venir délivrer le
pontife ; mais en même temps il pilla Rome , égale-
ment ravagée et par les impériaux qui assiégeaient
le pontife, et par les Napolitains qui le délivraient.
24 mai Grégoire Vil mourut quelque temps après à Salerne ,
v laissant une mémoire chère et respectable au clergé
romain qui partagea sa fierté , odieuse aux empe-
reurs et à tout bon citoyen qui considère les effets
de son ambition inssexible. L’Eglise, dont il fut le
vengeur et la victime, l’a mis au nombre des saints, ( 3 )
comme les peuples de l’antiquité déifiaient leurs
défenseurs. Les sages l’ont mis au nombre des fous.
La comtesse Mathilde, privée du pape Grégoire,
fe remaria bientôt après avec le jeune prince Guelfe
(3) Voyez le Dictionnaire philosophique , article gregoire vu.
Benoit XIII imagina dans le dix-huitième siècle de canoniser ce pape
ennemi des rois, et de toute autorité séculière ; ce perturbateur de l’Europe,
l’auteur de tant de guerres et de scandales , l’amant hypocrite ou du moins
le directeur très - indiscret de Mathilde, le réducteur qui avait abusé de son
crédit sur sa pénitente pour se faire donnerson patrimoine, un homme
enfin convaincu par ses propres lettres d’avoir commis un parjure et d’avoir
fait de fausses prophéties, c’est - à - dire , d’avoir été un insensé ou un fripon,
Voilà les hommes que , dans le siècle où nous vivons , Rome met au
nombre de^saints. Et les prêtres de l’Eglise romaine osent encore parler
de morale ! ils osent a’ccuser de sédition ceux qui prennent la défense de
l’humanité contre leurs prétentions séditieuses !
Le parlement de Paris voulut sévir contre cet attentat de Benoit XIII ;
mais le cardinal de Fleuri trahit, en faveur de la cour de Rome, les intérêts,
de son prince et de la nation. Ce n’est pas que Fleuri fût dévot, ni même
hypocrite; mais il aimait par goût les intrigues de prêtres, et il haïssait;
les parlemens, que sa poltronnerie lui fesait croire dangereux pour l’autorité
royale.
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