Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

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ET BONIFACE VÏIÎ. 229
de Rome. Le pape voulait avoir l’argent d’une
décinje accordée sous le prétexte .d’un secours pour
la terre sainte , qui n’était plus secourable , et qui
était sous le pouvoir d’un descendant de Gengis. Le
roi prenait cet argent pour faire en Guienne la guerre
qu’il eut contre le roi d’Angleterre Edouard. Ce fut 1301 et
le premier sujet de la querelle. L’entreprise d’un1302’
évêque de la ville de Pamiers aigrit ensuite les
esprits. Cet homme avait cabalé contre le roi dans
son pays, qui ressortissait alors de la couronne, et
le pape aussitôt le fit son légat à la cour de Philippe.
Ce sujet, revêtu d’une dignité qui, sélon la cour
romaine , le rendait égal au roi même, vint à Paris
braver son souverain, et le menacer de mettre son
royaume en interdit. Un séculier qui se fut conduit
ainsi aurait été puni de mort. 11 fallut user de
grandes précautions pour s’assurer seulement delà
personne de l’évêque ; encore fallut-il le remettre
entre les mains de son métropolitain , l’archevêque
de Narbonne.
Vous avez déjà observé que depuis la mort de Observatîon
Charlemagne on ne vit aucun pontife de Romein!portante’
qui n’eût des. disputes ou épineuses ou violentes
avec les empereurs et les rois , vous verrez durer
jusqu’au siècle de Louis IV ces querelles , qui sont
la suite nécessaire de la forme de gouvernement, la
plus absurde à laquelle les hommes se soient jamais
sournis. Cette absurdité consistait à dépendre chez
soi d’un étranger. En effet, soussrir qu’un étranger
donne chez vous des fiefs , ne pouvoir recevoir de
subsides des polsesseurs de ces fiefs qu’avec la per-
n&ssion de cet étranger, et sans partager avec lui ;
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