Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

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SON INDUSTRIE. 4?î
de grandes convulsions. Auparavant les seigneurs
féodaux opprimaient, et sous Louis XI ils furent
opprimés. Les mœurs ne surent pas meilleures ni
en France ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni
dans le Nord. La barbarie , la superstition, l’igno-
rance couvraient la face du monde, excepté en
Italie. La puissance papale asiervisiait toujours toutes
les autres puissances ; et l’abrutissement de tous les
peuples qui sont au-delà des Alpes était le véritable
soutien de ce prodigieux pouvoir contre lequel tant
de princes s’étaient inutilement élevés de siècle en
siècle. Loui s XI b aisia la tête sous ce joug, pour être
plus le maître chez lui. C’était sans doute l’intérêt
de Rome que les peuples fussent imbécilles, et en
cela elle était par-tout bien servie. On était assez sot
à Cologne, pour croire posséder les os pourris de
trois prétendus rois qui vinrent, dit-on, du fond
de l’Orient apporter de l’or à l’enfant JESUS dans
une étable. On envoya à Louis XI quelques restes de
ces cadavres , qu’on fesait pasier pour ceux de ces trois
monarques, dont il n’est pas même parlé dans les évan-
giles ; et l’on fit accroire à ce prince qu’il n’y avait
que les os pourris des rois qui pussent guérir un roi.
On a conservé une de ses lettres à je ne sais quel prieur
de Notre-Dame de Salles , par laquelle il demande
à cette Notre - Dame de lui accorder la fièvre quarte ,
attendu , dit-il, que les médecins l’asiurent qu’il n’y
a que la fièvre quarte qui soit bonne pour sa santé.
L’impudent charlatanisme des médecins était donc
aussi grand que l’imbécillité de Louis XI, et son
imbécillité était égale à sa tyrannie. Ce portrait n’eft
pas seulement celui de ce monarque , c’est celui de
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