Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

Page: 485
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DE LA CHEVALERIE. 4^5
Le temps des croifades fut celui de la plus
grande vogue des chevaliers. Les seigneurs de fief,
qui amenaient leurs vassaux sous leur bannière ,
furent appelés chevaliers bannerets ; non que ce titre
seul de chevalier leur donnât le droit de paraître en
campagne avec des bannières. La puilsance seule, et
non la cérémonie de l’accolade, pouvait les mettre
en état d’avoir des troupes fous leurs enseignes. Ils
étaient bannerets en vertu de leurs fiefs , et non de
la chevalerie. Jamais ce titre ne fut qu'une dislinction
introduite par l’usage , et non un honneur de con-?
vention, une dignité réelle dans l’Etat : il n’inssua
en rien dans la forme des gouvernemeirs. Les élections
des empereurs et des rois ne se fesaient point par
des chevaliers ; il ne fallait point avoir reçu l’accolade
pour entrer aux diètes de l’Empire, aux parlemens
de France, aux cartes d’Espagne. Les inféodations ,
les droits de relsort et de mouvance, les héritages,
les lois , rien d’essentiel n’avait rapport à cette che-
valerie : c’est en quoi se sont trompés tous ceux
qui ont écrit de la chevalerie. Ils ont écrit, sur la
foi des romans , que cet honneur était une charge,
un emploi ; qu’il y.avait des lois concernant la
chevalerie. Jamais la jurisprudence d’aucun peuple
n’a connu ces prétendues lois, ce n’étaient que des
usages. Les grands privilèges de cette institution
consistaient dans les jeux sanglans des tournois. Il
n’était pas permis ordinairement à un bachelier, à
un écuyer, àejpufter contre un chevalier.
Les rois voulurent être eux-mêmes armés cheva-
liers , mais ils n’en étaient ni plus rois ni plus
puissans ; ils voulaient seulement encourager la
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