Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

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Fille d u . : i L’archevêque et son parti déclarèrent le roi impuis-
me man-1- ~ dans le temps qu’il était entouré de maîtresses ;
déclarée bâ-et par une procédure inouïe dans tous les Etats, ils
tade. prononcèrent que sa fille Jeanne était bâtarde , née
d’adultère, incapable de régner. On avait aupara-
vant reconnu roi le bâtard Transtamare, rebelle envers
son roi légitime : c’est. à présent un roi légitime
qu’on détrône, et dont on déclare la fille bâtarde
et supposée , quoique née publiquement de la reine ,
quoiqu’avouée par son père.
Plusieurs grands prétendaient à la royauté ; mais
les rebelles le résolurent à reconnaître IJ.abelle, sœur
du roi, âgée de dix-sept ans , plutôt que de se sou-
mettre à un de leurs égaux ; aimant mieux déchirer
l’Etat au nom d’une jeune princesse, encore sans
crédit, que de se donner un maître.
L’archevêque, ayant donc fait la guerre à son roi
au nom de l’infant, la continua au nom de l’infante ;
et le roi ne put enfin sortir de tant de troubles et
demeurer sur le trône que par un des plus honteux
traités que jamais souverain ait signés. Il reconnut
sa sœur Isabelle pour sa seule héritière légitime, au
1468. mépris des droits de sa propre fille Jeanne i et les
révoltés lui laissèrent le nom de roi à ce prix. Ainsi
le malheureux Charles VI en France , avait signé
l’exhérédation de son propre fils.
Il fallait, pour consommer ce scandaleux ouvrage,
donner à lajeune Isabelle un mari qui fut en état de
soutenir son parti. Ils jetèrent les yeux sur Ferdinand,
héritier d’Arragon,prince à peu près de l’âge d’Isabelle.
L’archevêque les maria en secret ; et ce mariage, fait
sous des æuspices si funestes , fut pourtant la source
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