Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Huitieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome III): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794095]

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AU XVIe SIECLE. 105
signalée par des prodiges. Dix papes de suite contri-
buèrent presque sans aucune interruption à l’achè-
vement de la basilique de St Pierre, et encouragèrent
les autres arts. On ne voyait rien de semblable dans
le reste de l’Europe. Enfin la gloire du génie appartint
alors à la seule Italie , ainsi qu’elle avait été le partage
de la Grèce.
Une centaine d’artistes en tout genre a formé ce Remarque
beau siècle que les Italiens appellent le Sëicento ) J^rs'ecleî
plusieurs de ces grands hommes ont été malheureux
et persécutés : la postérité les venge : leur siècle,
comme tous les autres, produisit des crimes et des
> calamités ; mais il a sur les autres siècles la supério-
rité que ces rates génies lui ont donnée. C’est ce
qui arriva dans l’âge qui produisit les Sophocles et les
Démojlhènes, dans celui qui fit naître les Citerons et
les Virgiles. Ces hommes , qui sont les précepteurs de
tous les temps, n’ont pas empêché epi Alexandre n ait
tué Clitus, et cpiAuguJïe n’ait signé les proseriptions.
Racine , Corneille et la Fontaine n’ont certainement pu
empêcher que Louis XIV n’ait commis de très-
grandes fautes. Les crimes et les malheurs ont été
de tous les temps, et il n’y a que quatre siècles pour
les beaux arts. Il faut être fou pour dire que ces
arts ont nui aux mœurs ; ils sont nés malgré la
méchanceté des hommes, et ils ont adouci jusqu’aux
mœurs des tyrans.
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