Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Huitieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome III): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794095]

Page: 151
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ET DE L’EGLISE. 151
princes ont des Etats, et que les cardinaux n’ont
que des dignités.
Cette triste aventure fit bientôt place aux réjouis- Trente en-
sances accoutumées. LcortX, pour mieuxfaire oublier ^_aux pOur
le supplice d’un cardinal mort par la corde, en créa
trente nouveaux, la plupart italiens , et se confor-
mant au génie du maître. S’ils n’avaient pas tous
le goût et les connaissances du pontife , ils l’imitèrent *
au moins dans ses plaisirs. Presque tous les autres
prélats suivirent leurs exemples. L’Espagne était
alors le seul pays où l’Eglise connût les mœurs
sévères ; elles y avaient été introduites par le cardinal
Ximénès, espnt né austère et dur , qui n’avait de
goût que celui de la domination absolue, et qui,
revêtu de l’habit d’un cordelier quand il était régent
d’Espagne , disait qu’avec son cordon il saurait ranger
tous les grands à leur devoir, et qu’il écraserait leur
fierté sous ses sandales.
Par-tout ailleurs les prélats vivaient en princes
voluptueux. Il y en avait qui polsédaient jusqu’à
huit et neuf évêchés. On s’effraie aujourd’hui en
comptant tous les bénéfices dont jouissaient, par
exemple , un cardinal de Lorraine, un cardinal de
Volfey et tant d’autres ; mais ces biens ecclésiastiques
accumulés sur un seul homme , ne fesaient pas un
plus mauvais effet alors que n’en font aujourd’hui
tant d’évêchés réunis par des électeurs ou par des
prélats d’Allemagne.
Tous les écrivains protestans et catholiques se Concubines
récrient contre la dissolution des mœurs de ces temps : permfses pour
ils disent que les prélats, les curés, et les moines un écu.
passaient une vie commode; que rien n’était plus
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