Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Huitieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome III): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794095]

Page: 475
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REINE D’ANGLETERRE. 475

Remplifez au plutôt votre engagement, ou je vous ferai
defcendre de votre fége.

Votre amie tant que vous mériterez que je le sois.

Elisabeth.

Si les princes et les magistrats avaient toujours
pu établir un gouvernement assez ferme pour être
en droit d’écrire impunément de telles lettres , il
n’y aurait jamais eu de sang versé pour les querelles
de l’Empire et du Sacerdoce. (17)

(17) Les troubles religieux, qui ont si long-temps déchiré l’Europe, ont
pour première origine la faute que firent les premiers empereurs chrétiens
de se mêler des affaires ecclésiastiques à la sollicitation des prêtres qui,
n’ayant pu sous les empereurs païens que diffamer ou calomnier leurs
adversaires, espérèrent avoir sous ces nouveaux princes le plaisir de les
punir. Soit mativaise politique, soit vanité, soit superstition, on vit le
féroce Consiantln, non encore baptisé, paraître à la tête d’un concile. Ses
succesienrs suivirent son exemple, et les troubles qui ont depuis agité
l’Europe furent la suite nécessîire de cette conduite. En effet, dès que
l’on établit pour principe que les princes sont obligés en conscience de
sévir contre ceux qui attaquent la religion, de statuer une peine quelle
qu’elle soit contre la profcssion ouverte ou cachée, l’exercice public ou
secret d’aucun culte, la maxime que les peuples ont le droit, et même
sont dans l’obligation de s’armer contre un prince hérétique ou ennemi
de la religion , en devient une conséquence nécessaire. Les droits des
princes peuvent-ils balancer ceux de la Divinité même? la paix tempo-
relle mérite-t-elle d’être achetée aux dépens de la foi ? Il n’cst pas question
ici d’accorder à des particuliers le droit dangereux de se révolter; il existe
un tribunal régulier qui prononce si le prince a mérité ou non de perdre
ses droits; ainsi les objections qu’on fait contre le droit de résistance
soutenu par plusieurs publicistes , les restrictions qui rendent ce droit pour
ainsi dire nul dans la pratique, ne peuvent s’appliquer à celui de se
révolter contre un prince hérétique.
Je sais qué les partisans de l’intolérance religieuse ont soutenu, suivant
leurs intérêts, tantôt les maximes séditieuses, tantôt les maximes con-
traires. Mais entre deux opinions opposées , soutenues suivant les
circonstances par un même corps, celle qui s’accorde avec ses principes
oonstans ne doit-elle pas être regardée comme sa vraie doctrine ? Cette
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