Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Huitieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome III): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794095]

Page: 532
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532 DE LA FRANCE
peuples, et sur-tout des protestans pour l’effet de la
vengeance divine : opinion utile , si elle pouvait
arrêter les attentats de ceux qui sont assez puissans
et assez malheureux pour n’être pas sournis au frein
des lois.
Dès que Henri III apprend la mort de son frère,
il s’évade de Pologne , comme on s’enfuit de prison.
Il aurait pu engager le sénat de Pologne à souffrir
qu’il se partageât entre ce royaume et ses pays héré-
ditaires , comme il y en a eu tant d’exemples ; mais
il s’empressa de fuir de ce pays sauvage , pour aller
chercher dans sa patrie des malheurs, et une mort
non moins funeste que tout ce qu’on avait vu jus-
qu’alors en France.
Il quittait un pays où les mœurs étaient dures,
mais simples, et où l’ignorance et la pauvreté ren-
daient la vie triste , mais exempte de grands crimes.
La cour de France était au contraire un mélange de
luxe , d’intrigues, de galanteries, de débauches, de
complots , de superstition et d’athéisme. Catherine de
Médicis , nièce du pape Clément VII, avait introduit
la vénalité de presque toutes les charges de la cour,
telle qu’elle était à celle du pape. La ressource utile
pour un temps , et dangereuse pour toujours , de
vendre les revenus de l’Etat à des partisans qui avan-
çaient l’argent, était encore une invention qu’elle
avait apportée d’Italie. La superstition del’astrologie
judiciaire, des enchantemens et des sortiléges , était
aussi un des fruits de sa patrie, transplanté en France.
Car quoique le génie des Florentins eût fait revivre
dès long-temps les beaux-arts, il s’en fallait beau-
coup que la vraie philosophie fût connue. Cette
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