Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Unieme = Siecle De Louis XIV., Tome II): Siecle De Louis XIV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794257]

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La secte subsista en paraissant écrasée. Elle espéra
en vain dans la guerre de 1689 9Lîe ro* Guillaume ,
ayant détrôné sonbeau-père catholique, soutiendrait
foule de petites injustices , â Te jeter entre les bras des factieux, tandis
qu’il n’aurait fallu qu’exécuter fidèlement l’édit de Nantes, pour ôter à
ces factieux l’appui des réformés. Cet édit de Nantes à la vérité ressem-
blait plus à une convention entre deux partis qu’à une loi donnée par
un prince à ses sujets. Une tolérance absolue aurait été plus utile à la
nation , plus jusle , plus propre à conserver la paix qu’une tolérance
limitée : mais Henri IV n’osa l’accorder , pour ne pas déplaire aux
catholiques ; et les protestans ne comptaient point assez sur son autorité ,
pour se contenter d’une loi de tolérance, quelqu’étendue qu’elle pût être.
Tl eût été facile à Richelieu, et plus encore à Louis XIV, de réparer ce
désordre en étendant la tolérance accordée par l’édit , et en détruisant
tout le relie. Mais Richelieu avait eu le malheur de faire quelques mau-
vais ouvrages de théologie , et les protestans les avaient réfutés.
Louis XIV, élevé , gouverné par des prêtres dans sa jeunesse , entouré
de femmes qui joignaient les faiblelsei de la dévotion aux faiblesses
de l’amour , et de ministres qui croyaient avoir besoin de se couvrir
du manteau de l’hypocrilie, ne put jamais soulever un coin du bandeau
que la superstition avait jeté sur ses yeux. Il croyait que l’on n’était
huguenot de bonne foi que faute d’être instruit, et la bassesse de ses
courtisans qui , en vendant leur conscience , fesaient semblant de se
convertir par conviction , l’afsermissait dans cette idée.
Ses ministres semblaient choisir les moyens les plus sûrs pour forcer
les protestans à la révolte : on joignait l’insulte à la violence, on outra-
geait les femmes , on enlevait les enfans à leurs pères. On semblait se
plaire à les irriter, à les plonger dans le désespoir par des lois souvenî
opposées , mais toujours oppressives, qu’on fesait succéder de mois en
mois. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait eu parmi les protestans des
fanatiques , et que ce fanatisme ait à la fin produit des révoltes. Elles
éclatèrent dans les Cévènes , pays alors impraticable , habité par un
peuple à demi sauvage, qui n’avait jamais été subjugué ni par les lois
ni par les mœurs ; livré à un intendant violent par caractère, inacces-
sible à tout sentiment d’humanité , mêlant le mépris et l’insulte à la
cruauté, dont l’ame trouvait un plaisir barbare dans les supplices longs
et recherchés, et qui , infiniment ambitieux et servile du despotisme et
de la superstition de son maître, voulait mériter par des meurtres et pats
l’oppreslion d’une province l’honneur d’opprimer en chef la nation.
Quel fut le fruit des peisécutions de Louis XIV? Une foule de ses
meilleurs sujets emportant dans les pays étrangers leurs richess’es et leur
industrie; les armées de ses ennemis, grolsies par des régimens français»
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