D E L A M E.
Par S or anus médecin de Trajan.
L
POUR découvrir , ou plutôt pour chercher quelque
faible notion sur ce qu’on est convenu d’appeler ame,
il faut d’abord connaître , autant qu’il est possible,
notre corps qui passe pour être l’enveloppe de cette
ame , et pour être dirigé par elle. C’est à la médecine
qu’il appartient de connaître le corps humain , puis-
qu’elle travaille continuellement sur lui.
Si la médecine pouvait être une science aussi cer-
taine que la géométrie , elle nous ferait voir tous les
ressorts de notre être ; elle nous dévoilerait notre
premier principe aussi clairement qu’elle nous a fait
connaître la place et le jeu de nos viscères.
Mais le plus habile anatomiste , quand il ne peut
plus rien discerner , est obligé d’arrêter sa main et sa
pensée.Il ne peut deviner où commence le mouvement
dans le corps humain ; il suit un nerf jusque dans le
cervelet où est son origine. Mais cette origine se perd
dans ce cervelet; et c’est dans cette source même où
tout aboutit, que tout échappe à nos regards. Nous
avons épié l’œuvre delà nature jusqu’au dernier point
où il est permis à l’homme de pénétrer; mais nous
n’avons pu savoir le secret de DIEU.
Il n’y a point aujourd’hui de médecin à Rome et à
Athènes qui ne sâche plus d’anatomie qu Hippocrate ;
mais il n’y en a pas un seul qui ait. jamais pu appro-
cher vers ce premier principe dont nous tenons la vie,
le sentiment et la pensée.


