ET DE M. DE VOLTAIRE. 143
LETTRE L X I.
DU ROI.
A Potsdam, le 19 de septembre.
T æ chancelier de France est culbuté, à ce que disent
les nouvelles publiques, il faudra recourir à un autre
protecteur, si vous voulez servir Morival. On dit
que l’ancien parlement va revenir; mais je ne me
mêle pas des parlera ens, et je m’en repese sur la
prudence du seizième des Louis, quisaura mieux que
moi ce qu'un Louis doit faire.
Je rends justice à vos beaux vers sur la tactique,
comme aux injures élégantes qui, sélon vous, sont
des louanges. Et quant à ce que vous ajoutez sur
la guerre, je vous allure que personne n’en veut en
Europe ; et que si vous pouviez vous en rapporter
au témoignage de votre impératrice de Russie comme
à celui de l’impératrice-reine, elles attelleraient
toutes deux que sans moi il y aurait eu un em-
brasement général en Europe, et même deux. J’ai
fait l’office de capucin, j’ai éteint les ssammes.
En voilà alsez pour les affaires de Pologne : je
pourrais plaider cette cause devant tous les tribunaux
de la terre , assuré de la gagner. Cependant je garde
le silence sur des événemens si récens, dont il y
aurait de l’indiscrétion à parler.
Votre lettre m’est parvenue à mon retour de la
Silésie où j’ai vu le comte Hoditz , auparavant si gai,
à présent trille et mélancolique. Il ne peut pardonner
à la nature les infirmités qui l’incommodent, et qui
LETTRE L X I.
DU ROI.
A Potsdam, le 19 de septembre.
T æ chancelier de France est culbuté, à ce que disent
les nouvelles publiques, il faudra recourir à un autre
protecteur, si vous voulez servir Morival. On dit
que l’ancien parlement va revenir; mais je ne me
mêle pas des parlera ens, et je m’en repese sur la
prudence du seizième des Louis, quisaura mieux que
moi ce qu'un Louis doit faire.
Je rends justice à vos beaux vers sur la tactique,
comme aux injures élégantes qui, sélon vous, sont
des louanges. Et quant à ce que vous ajoutez sur
la guerre, je vous allure que personne n’en veut en
Europe ; et que si vous pouviez vous en rapporter
au témoignage de votre impératrice de Russie comme
à celui de l’impératrice-reine, elles attelleraient
toutes deux que sans moi il y aurait eu un em-
brasement général en Europe, et même deux. J’ai
fait l’office de capucin, j’ai éteint les ssammes.
En voilà alsez pour les affaires de Pologne : je
pourrais plaider cette cause devant tous les tribunaux
de la terre , assuré de la gagner. Cependant je garde
le silence sur des événemens si récens, dont il y
aurait de l’indiscrétion à parler.
Votre lettre m’est parvenue à mon retour de la
Silésie où j’ai vu le comte Hoditz , auparavant si gai,
à présent trille et mélancolique. Il ne peut pardonner
à la nature les infirmités qui l’incommodent, et qui



