ET DE M. DE VOLTAIRE. 241
LETTRE CL
DU RO I.
A Potsdam, le s de décembre.
J E vous ai mille obligations de la semence que
vous avez bien voulu m’envoyer. Qui aurait dit que
notre correspondance roulerait sur l’art de Triptolème,
et qu’il s’agirait entre nous'deux qui cultiverait le
mieux son champ ? C’est cependant le premier des
arts , et sans lequel il n’y aurait ni marchands, ni
rois, ni courtisans, ni poètes , ni philosophes. sl n’y
a de vraies richesses que celles que la terre produit.
Améliorer ses terres , désricher des champs incultes ,
saigner des marais, c’est faire des conquêtes sur la
barbarie , et procurer de la subsistance à des colons
qui , se trouvant en état de se marier , travaillent
gaiement à perpétuer l’espèce , et augmentent le
nombre des citoyens laborieux.
Nous avons imité ici les prairies artificielles des
Anglais • ce qui réussit très-bien , et a fait augmenter
nos bestiaux d’un tiers. Leur charrue et leur semoir
n’ont pas eu le même succès : la charrue , parce qu’en
partie nos terres sont trop légères ; le semoir, parce
qu’il est trop cher pour le peuple et pour les paysans.
En revanche nous sommes parvenus à cultiver la
rhubarbe dans nos jardins ; elle conserve toutes ses
propriétés et ne difsère point, pour l’usage , de celle
qu’on sait venir des pays orientaux.
Correfp, du roi de P ... etc. Tome III. Q
I77L
LETTRE CL
DU RO I.
A Potsdam, le s de décembre.
J E vous ai mille obligations de la semence que
vous avez bien voulu m’envoyer. Qui aurait dit que
notre correspondance roulerait sur l’art de Triptolème,
et qu’il s’agirait entre nous'deux qui cultiverait le
mieux son champ ? C’est cependant le premier des
arts , et sans lequel il n’y aurait ni marchands, ni
rois, ni courtisans, ni poètes , ni philosophes. sl n’y
a de vraies richesses que celles que la terre produit.
Améliorer ses terres , désricher des champs incultes ,
saigner des marais, c’est faire des conquêtes sur la
barbarie , et procurer de la subsistance à des colons
qui , se trouvant en état de se marier , travaillent
gaiement à perpétuer l’espèce , et augmentent le
nombre des citoyens laborieux.
Nous avons imité ici les prairies artificielles des
Anglais • ce qui réussit très-bien , et a fait augmenter
nos bestiaux d’un tiers. Leur charrue et leur semoir
n’ont pas eu le même succès : la charrue , parce qu’en
partie nos terres sont trop légères ; le semoir, parce
qu’il est trop cher pour le peuple et pour les paysans.
En revanche nous sommes parvenus à cultiver la
rhubarbe dans nos jardins ; elle conserve toutes ses
propriétés et ne difsère point, pour l’usage , de celle
qu’on sait venir des pays orientaux.
Correfp, du roi de P ... etc. Tome III. Q
I77L



