2 [O RECUEIL DES LETTRES
de faire répandre des larmes. Je m’y connais , je suis
Ll/7h (JU métier. J’ai joué Cicéron et Lujîgnan, avec un pro-
digieux luccès ; mais ce n’était pas le Cicéron du
barbare Ciébillon.
J’envoie Patras à l’impératrice de Russie , avec un
autre comédien asfez bon, dont on n’a point voulu
à Paris. Je suis fâché que le Nord l’emporte sur le
Midi en tant de choses.
Quand je songe à cette lettre prolixe dont j’im-
portune mon héros, je suis tout honteux. Cependant
je le conjure de la lire toute entière, et de conserver
ses bontés à son vieux courtisan, tout ennuyeux
qu’il peut être.
Certainement, il lui sera attaché jusqu’au dernier
moment de sa vie avec le respect le plus tendre. P.
LETTRE C X X I.
A M. LE C 0 M T ’E D’ ARGENTA L.
$ de juin.
Je n’ai jamais, mon cher ange, rien entendu aux
affaires de ce monde. Le maître des jeux m’écrit de
sou côté, et dit que le grand acteur en a menti, et
qu’il y est fort sujet. D’un autre côté, je recevais
plusieurs lettres qui m’affligeaient infiniment ; elles me
peignaient, comme mon ennemi déclaré, un homme
à qui je suis attaché depuis cinquante ans, et à qui
je venais de donner des marques publiques d’une
estime et d’une vénération qu’on me reprochait. A
de faire répandre des larmes. Je m’y connais , je suis
Ll/7h (JU métier. J’ai joué Cicéron et Lujîgnan, avec un pro-
digieux luccès ; mais ce n’était pas le Cicéron du
barbare Ciébillon.
J’envoie Patras à l’impératrice de Russie , avec un
autre comédien asfez bon, dont on n’a point voulu
à Paris. Je suis fâché que le Nord l’emporte sur le
Midi en tant de choses.
Quand je songe à cette lettre prolixe dont j’im-
portune mon héros, je suis tout honteux. Cependant
je le conjure de la lire toute entière, et de conserver
ses bontés à son vieux courtisan, tout ennuyeux
qu’il peut être.
Certainement, il lui sera attaché jusqu’au dernier
moment de sa vie avec le respect le plus tendre. P.
LETTRE C X X I.
A M. LE C 0 M T ’E D’ ARGENTA L.
$ de juin.
Je n’ai jamais, mon cher ange, rien entendu aux
affaires de ce monde. Le maître des jeux m’écrit de
sou côté, et dit que le grand acteur en a menti, et
qu’il y est fort sujet. D’un autre côté, je recevais
plusieurs lettres qui m’affligeaient infiniment ; elles me
peignaient, comme mon ennemi déclaré, un homme
à qui je suis attaché depuis cinquante ans, et à qui
je venais de donner des marques publiques d’une
estime et d’une vénération qu’on me reprochait. A



