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82

LE PALAIS DE CRISTAL.

A CHACUN SELON SES OEUVRES!

1 ne question très-délicate est soulevée en ce mo-
ment dans les hautes régions tle l'industrie. 11 paraît
que certains exposants anglais n'ont pas eraint de
ranger parmi leurs produits des ouvrages pour la
confection desquels le secours de la France leur a
été, nous ne disons pas utile, niais indispensable
Or, on peut qualifier d'emprunt ce que l'on a la ferme
volonté de rendre ; mais comment qualifier ce que
l'on donne pour sien, sans en être réellement pro-
priétaire ? Comment surtout se parer, dans une expo-
sition qui est un concours, de l'invention artistique
ou scientifique d'autrui ?

On nous cite à l'appui de cette plainte grave une
pièce d'orfèvrerie fabriquée par M. Hudolfi, de Paris,
et rangée, au Cristal Palace, parmi les produits de
l'orfèvrerie anglaise. On nous parle aussi de propo-
sitions faites naguère à tels de nos illustres fabricants
de bronze , pour qu'ils consentissent à embellir le
salon anglais de l'Exposition , de merveilles sorties
de ses ateliers, qui sont les ateliers de la France.

Nous admettons qu'il soit, jusqu'à un certain point,
humiliant pour les Anglais de se trouver, vis-à-vis de
nous, dans une condition d'infériorité si marquée,
pour tout ce qui regarde les industries artistiques
proprement dites, et notamment l'industrie de luxe
des bronzes. Mais après tout, à chaque peuple son
génie et sa spécialité. Et si les Anglais sont de grands
mécaniciens, ils ne sont pas tenus d'être de grands
artistes.

Pourquoi donc recourir à un malheureux subter-
fuge pour se donner le mérite le plus opposé à leur
nature ? Pourquoi se parer des plumes du paon ?

A chacun son domaine, à chaque peuple ses Indes.
Celles d'Albion ne sauraient-elles lui suffire? n'a-
t-elle pas, au soleil asiatique, des Indes jaunes, des
revenus desquelles il lui est permis de se parer, au
moins par droit de conquête, sinon par droit de
naissance? N'a-t-elle pas de plus des Indes noires,
des mines de houilles et de fer d'une superficie gi-
gantesque, d'où elle tire des millions qui sont sa
légitime propriété? Que lui faut-il de plus?

A nous que des troubles civils récents ont appauvri s
et dont les inquiétudes d'avenir ne sont peut-être pas
sans lien avec, le machiavélisme politique de l'Angle-
terre; à nous ce domaine de l'imagination, du goût,
de l'invention artistique, que nous n'avons emprunté
ni acheté à personne; domaine incontesté, domaine
inaliénable, que nous revendiquerons toujours avec
justice, tout comme la Grande-Bretagne peut et doit
revendiquer ses grandes machines, ses grandes ban-
ques et ses grands chevaux.

Assurément, tout Anglais à le droit d'acquérir, pour
son agrément et sa commodité, les produits de notre
industrie. Tout Anglais a même le droit de payer à
nos dessinateurs, à nos sculpteurs, à nos peintres
d'ornements le droit de façonner des meubles, des
tentures, des pendules sur nos modèles. Mais a-t-il
plus le droit de les donner comme siens, que l'im-
primeur anglais de donner les livres français qu'il
lui conviendrait d'imprimer, pour un échantillon du
bagage littéraire de sa nation ? Pas que je sache.

Mais le fait serait plus grave encore et tout à fait
inqualifiable, si l'imprimeur anglais donnait pour
son œuvre un livre français sorti des presses de
M. Didot.

Voilà pourtant le fait dont M. Rudolf! s'est plaint
à nous , moins encore en son nom personnel qu'au
nom de la gloire industrielle de notre pays, dont il
a bien , d'ailleurs, le droit de se considérer comme
l'un des fermes soutiens en matière d'orfèvrerie et
de vaisselle de luxe

Quant aux fabricants de bronzes français qui,
avertis à temps de la destination des commandes
qu'on venait leur faire, ont décliné la complicité d'une
pareille manœuvre, nous ne saurions que les féliciter
de leur refus. Il les honore comme artistes, comme
fabricants, comme citoyens. L'opinion publique leur
en tiendra compte, et nous pourrions, au besoin,
citer leurs noms recommandantes.

En attendant, nous invitons tous les industriels
français auprès de qui pareille démarche aurait été
faite, ou qui se seraient trouvés, par suite d'opéra-
tions commerciales, livrer à des trafiquants d'outre-
Manche des produits français à tout titre, comme la
belle pièce d'orfèvrerie de M. Rudolfi, nous les invi-
tons, disons-nous, à nous faire connaître les faits de
cette nature, et bonne justice en sera faite dans ces
colonnes, ouvertes avant tout aux intérêts des in-
dustriels et des artistes de notre patrie.

Ce n'est pas seulement une question de probité

pour Albion, et pour la France une question d'hon-
neur national; c'est encore une question d'avenir, et
voici pourquoi :

La spécialité de nos industries de luxe ne saurait
nous être ravie sans que patrons et ouvriers y per-
dissent chez nous leurs avantages et leurs salaires
Malheur aux industries qui ne doivent leur salut qu'à
un droit prohibitif, qu'à une ligne de douanes! Les
douanes sont des frontières factices que des intérêts
majeurs ont pu et dû tracer entre les peuples; mais
elles sont destinées à un effacement complet, dans un
temps plus ou moins long.

Les spécialités industrielles, c'est-à-dire les in-
dustries que chaque peuple si: sera appropriées, en
vertu soit de gisements particuliers des matières pre-
mières, soit d'un génie exceptionnel et de moyens
inimitables pour les travailler, seront les vraies fron-
tières impossibles à franchir.

Eh bien, nous croyons que l'habileté vraiment ex-
traordinaire avec laquelle nous travaillons les bron-
zes est notre domaine, et que, sans transfuges,
l'armée industrielle française est invincible à cet
égard.

Mettons-nous donc en mesure de revendiquer une
victoire que nulle puissance ne saurait nousdisputer.

D'ailleurs, la meilleure preuve de ce que nous
avançons, quant aux bronzes, à l'orfèvrerie, à l'ar-
ticle Paris enfin, c'est le procédé même auquel des
industriels anglais ont dû avoir recours pour pou-
voir offrir à l'admiration du monde des œuvres
qui manquaient à leur exposition.

Ils ont voulu montrer peut-être qu'avec de l'argent
on se procurait tout, même les talents dont on n'a
pas la bosse.

Montrons à notre tour au monde et à l'Angleterre
que certaines choses ne sauraient s'acheter, et com-
mençons aujourd'hui par leur rappeler qu'elles ne
sont pas à vendre.

A côté de la marque de fabrique, il en est peut-
être une autre qu'il serait bon d'inscrire sur tous les
produits à la confection desquels l'art est uppelé à
concourir : la marque de l'artiste et le nom de son
pays. Nous soumettons cette idée aux artistes et aux
industriels français.

A chacun selon ses œuvres!

SIMPLE QUESTION.

Est-il vrai que des difficultés se sont élevées entre
la sous-commission industrielle de l'Exposition fran-
çaise à Londres et la Commission scientifique ap-
pelée à présider à cette exposition?

Est-il vrai que les prétentions de la théorie ont
froissé à plusieurs reprises les justes susceptibilités
de la pratique?

Est-il vrai que les docteurs ont humilié, par leurs
allures, les industriels, les hommes du fait et de la
mise en œuvre, sans lesquels la doctrine, quelque
savante qu'elle fût, serait une lettre morte et une
gloire en peinture et non en réalité?

Nous le craignons. Mais nous souhaitons ardem-
mentqueces bruits venus jusqu'à nous ne se vérifient
point. L'union seule entre la théorie et la pratique,
l'entente la plus cordiale, le plus fraternel concours,
peuvent seuls assurer les intérêts des deux partis.

Nous n'insistons point sur des nouvelles qui se-
raient bien regrettables si elles se confirmaient. L'u-
nivers entier nous regarde, et c'est maintenant ou
jamais qu'il faut justifier l'estime dans laquelle nous
tiennent les nations.

Nous ne saurions mieux faire en tout cas que de
rappeler ici le bon, l'excellent exemple, qu'un savant
français, tin théoricien profond et d'une réputation
incontestée, l'illustre Alexandre Brongniard, ravj
aux sciences il y a quelques années, donnait à ses
émules en s'entourant des praticiens distingués, des
industriels émérites, et se faisant gloire de les con-
sulter et de les mettre, dans ses salons, en présence
des théoriciens et des savants comme lui.

C'est à cet esprit de sage impartialité, c'est à cette
abnégation de toute morgue pharisienne, qu'il a dû
peut-être son initiation parfaite à ce bel art céra-
mique qu'il cultivait si glorieusement pour la France,
à la manufacture royale de Sèvres, et sur lequel il a
laissé un ouvrage sans précédent, sans pareil et sans
rival.

Réunies en-faisceau, les forces vives de la science et
de l'industrie créent des merveilles.

Isolées, elles donnent le spectacle affligeant du tra-
vail infructueux et de la science utopique et inutile.

G. PB ClUUMOST.

PROPRIÉTÉ DES OBJETS EXPOSÉS.

La Chambre des communes doit entendre le 13
juin la seconde lecture de deux bills adoptés déjà par
la chambre des lords et intitulés : Modification de
l'administration de la justice criminelle et de la pré-
vention des délits.

Il serait fort à propos d'insérer dans l'un de ces
décrets une clause déclarant que les articles exposés
sont la propriété des commissaires.

En effet, vu l'ensemble de la législation criminelle
anglaise, dans le cas où une soustraction aurait lieu
à l'Exposition universelle, il serait difficile, très-
difficile même, à l'exposant lésé dans sa propriété
par un vol, de prouver son droit sur l'objet dé-
robé.

La déclaration dont nous appelons de tous nos
vœux l'introduction dans le bill qui y a rapport,
aurait pour effet de créer un propriétaire fictif
à tous les objets exposés, et le recours de l'exposant
lui-même deviendrait alors bien facile à exercer.

Nous signalons cette question importante à la
Chambre des communes.

G. DE CHAUMOHT.

L'ANGLOMANIE.

Si nous en croyons ce qu'on nous rapporte, le
jury chargé de prononcer sur le mérite des divers
exposants aurait, en ce qui concerne les objets de
coutellerie et les instruments de chirurgie, assigné
le prix à l'un de nos compatriotes. Ainsi sur ce
point, comme sur tant d'autres de la carrière indus-
trielle, voilà que nous distançons la Grande-Bre-
tagne : la réputation de ses grandes fabriques de
Birmingham et de Manchester est désormais vigou-
reusement contrebalancée pour ne pas dire éclip-
sée, grâce aux efforts de nos fabricants ! Mais une
particularité piquante, que nous devons mention-
ner, se rattache précisément à l'habile manufactu-
rier français objet d'une préférence si flatteuse
pour notre industrie. C'est que, nouvel exemple de
la vérité de cet adage : « nul n'est prophète en son
pays, » lui-même n'aurait acquis sa nombreuse clien-
telle qu'en livrant comme objets de provenance bri-
tannique la plupart des articles qui sortent de ses
ateliers, composés exclusivement d'ouvriers fran-
çais.

Ce fait, et tant d'autres que nous pourrions
citer à l'appui, n'est-il pas la preuve évidente des
obstacles qu'oppose au travail intelligent de nos
producteurs cette mode d'anglomanie qui nous do-
mine, et qui ne nous porte que trop souvent à leur
refuser la justice à laquelle ils ont des droits si lé-
gitimes ?

COURRIER DE LONDRES.

12 juin.

Monsieur,

L'Exposition universelleseraouverlequatregrands
mois encore; et dès à présent toutes les dépenses
d'installation sont couvertes par les recettes. On
peut donc affirmer que le bénéfice qui se trouvera
lors de la clôture entre les mains des trésoriers sera
considérable.

Il serait heureux que les commissaires fussent à
même d'offrir à la nation anglaise, en présent, le
bâtiment du Palais de Cristal. Cet acte de magnifi-
cence serait digne de l'Angleterre et honorerait éga-
lement les donateurs et les légataires. C'est une
bagatelle de 75,000 liv. sterl., et le bénéfice prévu
sera tel que la commission pourrait encore, par des-
sus le marché, fonder une rente perpétuelle pour
l'entretien du Palais de Cristal et des prix de con-
cours pour les applications les plus rcmarquablesdes
sciences et des arts à l'industrie.

La commission executive peut asseoir dès à pré-
sent ses calculs à ce sujet d'une manière certaine,
puisque la moyenne bien constatée des visiteurs
s'élève au chiffre de 50,000 personnes par jour.

Le 16, au lieu de se porter à Hyde-Park, l'af-
fluence se concentrera à Birmingham. Les membres
étrangers du jury, les commissions appartenant aux
nations étrangères, les commissaires royaux, tout
l'état-major de l'Exposition ira visiter les grandes
manufactures de Birmingham. Un banquet gigantes-
que terminera, comme de juste, cette inspection.

Il faut expliquer, pour les étrangers à qui je
m'adresse, cette préférence donnée à Birmingham.
 
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