Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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E. AMÉLINEAU.

chargea de le représenter auprès de l'empereur et de faire les fonctions de ce que
nous nommons aujourd'hui un légat, mais avec des attributions beaucoup plus
étendues. Instruit des moindres particularités des faits journaliers de Constantinople
ou d'Alexandrie, il multipliait ses lettres, stimulant le zèle de son homme de con-
fiance, le forçant presque à agir et lui témoignant quelquefois un étonnement naïf
que son légat n'eût pas mieux compris et exécuté ses instructions.1 Le fait est que
l'archevêque Acace n'avait vu dans la charge dont on l'avait revêtu qu'un honneur
de plus, qu'une occasion de se mêler à des affaires plus nombreuses avec une auto-
rité plus grande : quant à la souveraine et infaillible autorité de la cour de Rome,
il ne semble pas l'avoir reconnue. Aussi il en prit à son aise avec les instructions
du pape, exécuta les unes, négligea les autres, et, pour ce qui regarde l'Egypte en
particulier, réprimanda Solofaciole qui avait rétabli le nom de Dioscore sur les
diptyques sacrés et le prononçait au canon de la Messe, il le lui fit effacer; mais il
refusa de s'entremettre pour faire exiler Pierre Monge et enlever ainsi toute cause
au schisme. Comme il avait fait pendant le règne de Basilisque, il attendait les
événements pour pouvoir en tirer parti. Avait-il déjà l'intention de briser avec la
cour romaine? Qui pourrait l'affirmer? Cependant sa conduite ultérieure tendrait
à le faire croire. Son génie était froid, calme et cauteleux; il était susceptible et
jaloux de son autorité. La plus petite négligence à son égard lui causait un déplaisir
mortel, et sa rancune ne connaissait point de fin. Les événements qui vont suivre
le montreront.

Sur ces entrefaites, Timothée Solofaciole, voulant témoigner sa reconnaissance
à l'empereur, lui envoya une députation. A la tète de cette députation se trouvait
un prêtre, nommé Jean le Tabennîsiote, parce qu'il avait embrassé la religion éta-
blie par Pachôme dans l'île de Tabennîsi;2 il est plus connu sous le nom de Jean
Talaïa. Ce Jean Talaïa était l'économe général du patriarchat d'Alexandrie : il avait
à sa disposition des sommes considérables. Connaissant bien son temps et son pays,
il savait que pour réussir il ne devait pas hésiter à semer l'argent à pleines mains :
en Orient le bagschisch fleurit toujours et a toujours fleuri. Il se fit ainsi des pro-
tecteurs puissants. Le but de sa mission était probablement double : il devait

1. Cf.Lettres de Simplicius à Acace. Labee, Conc, tome IV, col. 1073—1029; 1029—1036. Edition
de 1691. Il y a erreur de pagination.

2. Il s'agit de l'île située dans la Haute-Egypte où Pachôme établit son monastère.
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