Amélineau, Emile  
Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction (Band 1): Monuments pour servir à l'histoire de l'Egypte chrétienne aux IVe et Ve siècles: textes et traduction — Paris, 1888

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MONUMENTS, ETC.

LXIX

d abord recherchée dans un manque de critique; mais ce manque de critique lui-
même a pour racine le plus mystérieux des sentiments humains, le sentiment religieux
qui nous porte à adopter tout d'abord de confiance ce qui flatte et poétise nos
croyances. L'homme a besoin du merveilleux et du surnaturel : c'est une consolation
pour lui de l'inventer, quand il ne l'a pas. Ce fut le cas de l'Egypte, et surtout le cas
de l'Egypte chrétienne.

Tout le monde sait que l'une des découvertes les moins attendues que réservait
l'Égypte aux savants qui s'occupent de son passé, était la trouvaille de véritables
contes ou romans remontant à une antiquité très reculée. On s'attendait bien à
trouver des dates historiques, des hymnes religieux, comme l'a dit M. Maspero,'
mais des contes et des romans? Cependant il semble qu'on eût pu et dû s'y attendre,
car l'Égypte pas plus qu'une autre région ne devait échapper au résultat d'une des
lois fondamentales de l'esprit humain. Les autres nations avaient eu leurs contes,
elles les ont précieusement gardés : l'Egypte a fait de même. Non-seulement sous
les Pharaons les anciens Egyptiens, tout comme nous, égayaient leur esprit et char-
maient leur imagination ; mais maintenant encore, leurs descendants répètent ces
contes dont ils ignorent la provenance, et je connais tel village de la Haute-Egypte
où une vieille femme raconte aux enfants qui se serrent autour d'elle le conte connu
sous le nom de Roman des deux frères. Aussi bien que le roman de pure imagi-
nation, les Égyptiens antiques connurent le roman que nous nommons historique.
Or dans les œuvres assez nombreuses que nous possédons de ce genre, le mer-
veilleux, le surnaturel le plus échevelé, qu'on me pardonne l'expression, joue un
rôle considérable. Ce merveilleux a même envahi les monuments qu'on appelle
historiques : les stèles de Bentresh, du Songe, sont assez connues pour que je
n'aie pas besoin de rappeler les faits auxquels je fais allusion. Le roman de Satni
montre que ce goût du surnaturel persista dans l'empire pharaonique; les récits
d'Hérodote nous sont un garant qu'à l'époque où les Grecs commencèrent à con-
naître l'Égypte, les contes étaient toujours en honneur, et enfin le fait que ce même
roman de Satni a été trouvé dans la tombe d'un moine chrétien prouve qu'à la
période chrétienne la connaissance des écritures anciennes de l'Égypte n'était pas
aussi perdue qu'on a bien voulu le dire, et que ces moines ne croyaient pas trop

i. Maspero, Les contes populaires de l'Egypte ancienne. Introduction, p. I.
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