Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 2) — Paris, 1902

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

bronze et du fer nous montrent dans toute l'Europe, au Caucase et en
Perse, des armes tordues afin de les rendre inutiles.

« Lorsque je fouillais, sur les rives de la mer Caspienne, des sépul-
tures présentant ces particularités, je pensais que c'était dans le but
d'empêcher la spoliation des tombes que cette coutume avait été appli-
quée. Mais, depuis, j'ai dû abandonner cet avis, caries métaux précieux
que renferment les sépultures étaient un attrait bien suffisant pour
que les tombes fussent pillées. C'est donc à une pensée plus élevée
qu'il faut attribuer cet usage. Nous sommes amenés à lui donner une
origine religieuse dénotant des idées philosophiques très étendues.
Quant au fait de rencontrer les traces de cette croyance spéciale dans
des régions aussi distantes les unes des autres, il est de la plus haute
importance, car il dénote en ce qui concerne la conception de la vie
future, une origine commune dans les idées philosophiques d'un grand
nombre de peuples différents.

« Le fait de la destruction des objets ayant servi pendant la vie, fait
que j'ai reconnu à Négadah d'une façon indiscutable et qui ressort éga-
lement des trouvailles d'Abydos, est aussi fort important en ce qui
touche les différences d'usages entre les indigènes de l'Egypte et les
premiers Egyptiens. Les tombes néolithiques, en effet, ne renferment
que des objets entiers, aucun ustensile n'ayant été brisé lors de la mise
au tombeau. Les indigènes croyaient donc à la vie future, mais ils la
comprenaient autrement que leurs conquérants.

« L'incendie du tombeau de Négadah et de ceux d'Abydos a, par le
fait, rendu inutiles les offrandes que renfermaient les sépultures. De-
vons-nous y voir le désir de détruire en entier tous les biens du mort, ou
la pensée de rendre immatérielles pour la vie future les richesses de
ce monde en même temps que les corps? Je ne saurais me prononcer,
laissant aux spécialistes le soin de tirer parti de mes observations. En
tout cas, nous devons nous souvenir que cette coutume ne fut pas spé-
ciale aux premiers Égyptiens et qu'après leur mort, les rois d'Assyrie
se faisaient, eux aussi, brûler dans leur palais avec toutes leurs ri-
chesses'. »

1. J. de Morgan, Recherches sur les origines de l'Egypte. — Ethnographie préhisto-
rique et tombeau royal de Négadah, p. 149-152.
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