Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 3,2) — Paris, 1905

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688 LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

leur donnaient les épithètes les plus respectueuses qu'ils pussent
trouver; ils les appelaient bons, saints, bienheureux. Ils avaient pour
eux toute la vénération que l'homme peut avoir pour la divinité qu'il
aime ou qu'il redoute. Dans leur pensée chaque mort était un dieu.
Cette sorte d'apothéose n'était pas le privilège des grands hommes ; on
ne Taisait pas de distinction entre les morts. Cicéron dit : « Nos ancêtres
ont voulu que les hommes qui ont quitté cette vie fussent comptés au
nombre des dieux. Il n'était pas même nécessaire d'avoir été un homme
vertueux : le méchant devenait dieu tout autant que l'homme de bien;
seulement il avait dans cette seconde existence tous les mauvais pen-
chants qu'il avait eus dans la première 1 ». Ce ne sont pas là des idées
et des sentiments particuliers à Rome et à la Grèce, mais communs à
toute l'humanité primitive, comme le montre la subsistance du culte des
ancêtres jusqu'à nos jours. De là vient qu'en Egypte, en certains jours
néfastes , la vallée du Nil était livrée aux esprits malfaisants que l'on
devait éviter en restant tranquillement chez soi. En Grèce les morts
étaient nommés Oesï, à Rome Di Mânes ; en Egypte, ils étaient identifiés
avec tous les dieux et principalement à Osiris, car tout mort, aussi loin
que l'on peut atteindre par les textes portait le nom d'Osiris, et l'on di-
sait cet Osiris pour ce mort. Il y avait sans doute d'autres noms pour
désigner les morts, mais nous ne pouvons savoir clairement et indubi-
tablement quelles nuances de sens ils comportaient. Ce qu'il y a de
certain, c'est qu'on les désignait d'un nom que Manéthon a traduit en
grec par v-pw; ouvéxoç, si bien que lorsque nous parlons des dynasties
des héros ou des mânes, comme nous traduisons vâutcç, cela veut dire
en grec et en latin Les dynasties de dieux et l'égyptien comportait la
même nuance de dieux ayant réellement existé et qui avaient été déifiés
après leur mort. Les textes que j'ai cités rendent cette assertion indu-
bitable.

Comment s'étonner dès lors qu'Osiris ait pu exister et ensuite être
déifié par la reconnaissance des hommes qui vécurent après lui ? Et il n'y
a pas à dire qu'on ne le connaissait pas aux plus anciennes époques :

1. Fustel de Coulanges, La cité antique, p. 16. On trouvera les preuves de ce qu'il
avance dans la riche collection de textes et de notes qu'il a mise en bas de ses pages.
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