L' art ornemental: revue hebdomadaire illustrée — 3.1885

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L'ART ORNEMENTAL.

insectes, au moyen de fils très fins qu'on faisait passer de l'autre côté du
plat en pratiquant à ce dernier de petits trous avec une alêne; enfin,
l'ensemble ayant reçu tous ces perfectionnements par l'exécution d'une
foule de détails variables suivant les circonstances, on coulait sur le tout
une couche de plâtre fin dont l'empreinte devait former le moule. On
dégageait ensuite avec soin les animaux de leur enveloppe de plâtre, et
rien n'empêchait qu'on ne les fit servir immédiatement à recomposer un
autre motif. »

Palissy fut évidemment le créateur de ce genre d'ornementation. Mais
l'idée lui en appartient-elle ? Benjamin Fillon en doute, et avec raison. Le

Nicolas et Mathurin Palissy, dont les noms, ainsi que nous l'avons vu,
figurent à côté du sien dans les comptes de la reine mère. Il eut des imita-
teurs, des continuateurs qui héritèrent de ses procédés, qui peut-être
apprirent le métier sous sa direction, mais auxquels il ne livra point les
secrets qui lui avaient coûté tant de pénibles recherches et tant de misère.
Aussi son art disparaît-il presque entièrement avec lui, ne produisant
plus, sous ses continuateurs immédiats, que des œuvres médiocres, ternes,
sans finesse, sans vigueur et sorties de moules usés.

Il faut cependant faire une exception pour la fabrique d'Avon, près
Fontainebléau, à laquelle on a pu restituer, à la suite de la publication du

potier saintongeais connaissait un livre, dont ■ journal d'Herouard, premier médecin de

il parle, du reste, dans la dédicace de sa Louis XIII, alors enfant, bien des pièces

Recepte véritable au connétable de Montmo- A recouvertes d'émaux assez brillants pour

rency, et qui eut une influence considérable tïg qu'on les ait pendant longtemps attribuées

sur les artistes français du xvi° siècle. Dans à Palissy.

cet ouvrage allégorique, qui a pour titre ^^^j^t Herouard, qui écrivait jour par jour ce

Hypnerotomachia ou discours du songe de MM 1 quj intéressait le jeune prince, mentionne

Poliphile, les rustiques figulines et les grottes WfîkJk souvent, pendant le séjour de la cour à

que devait exécuter Palissy sont décrites tout Fontainebleau, les visites que le dauphin et

au long avec les lézards et couleuvres moulés JéPIL son frère allaient faire à Avon, où ils ache-

sur le naturel. '^SrU^-'" taient des petits marmousets de poterie.

Malheureusement, il n'existe plus aucun ^-^WBfflL Grâce aux détails qu'il donne, on sait que

vestige de ces grottes de terre émaillée dont p^j^^^^fes"* c'est à Avon qu'étaient fabriquées toutes ces

il avait orné plusieurs châteaux et résidences .-^^^^^^^^^^^^ petites statuettes, d'une composition naïve et

princières : Écouen, pour son protecteur le -^^^^^^^^^^^^^^ charmante, dignes de figurer auprès des

connétable; Reux, en Normandie; Chaulne /^^^^\AS^ f^^^^^Ék, œuvres du maître: le Joueur de cornemuse,

et Nesles, en Picardie, etc., et du jardin 4^Sf^'^Ù^^^^^^^^k\ U Joueur de tambourin> l'Enfant poursuivi

des Tuileries, à Paris, où il construisit une ' ^ ^Wl^k^vÈiÊÊ^ par une lice, le Capitaine Fracasse, etc., etc.,

grotte dont il faisait mention dans plusieurs \, jlf ( ' ' r>t^tj > , et surtout la délicieuse Petite Nourrice, une

documents de la fin du xvi« siècle, il ne reste Q"m wi^l\^^^^^^M^\^ÊSir ' des plus gracieuses figurines qu'ait produites

qu'un fragment insignifiant trouvé en i855 ^l^liS la plastique émaillée.

en creusant une tranchée pour la réparation Nous possédons les noms de plusieurs
des conduits du jet d'eau, et qui appartient W^^^M^^^^^^m^^^^^^ potiers de cette époque, mais nous n'avons
au musée de Sèvres. Quant à l'atelier qu'il ''l^^^^^i^iiililll^^^^^P malheureusement aucun renseignement sur
occupait aux Tuileries mêmes, on en a décou- ^^^^^^^^^Ê^^^^F leurs œuvres. Tels sont, entre autres, Jehan
vert, en i865, l'emplacement, à gauche de ^'^^^^^wÊ^W^' Biot, dit Mercure; Antoine Clericy, ou-
l'arc de triomphe du Carrousel; les vestiges ^^^^|':3j^^^ vrier en terre sigillée, et Jacques de Fonteny,
de four, les fragments de figures moulées sur ^uffigmlft poèle Parisien> confrère de la Passion, émail-
nature ou formées par des coquillages, les '^ffflf^ ' ... leur, dont parle l'Estoile dans son journal de
moulages de plantes, les briques vitrifiées et <ssE» i,;',:c ;:< Henri IV.

trouvées en cet endroit, et déposées aujour- «^^fe 'jv^t' Quelques fabriques de province, surtout

d'hui au musée de la ville, à l'hôtel Carna- ^ii^ celles du sud-ouest, la Chapelle-aux-Pots et

valet, ne laissent aucun doute à cet égard. •' ' Brizambourg, près Saintes, La Rochelle,

La troisième période comprend les plats "v' ■ ^^^^^'-/ Fontenay-le-Comte, etc., cherchèrent à imi-

à ornements et à figures en bas-relief. C'est • ^Êmt ' ? i WtÊÊ- ter, elles aussi, la poterie en relief et les

dans cette série qu'il faut ranger les corbeilles IjÈ -^^^T^'- rustiques figulines, mais ce que nous connais-

si délicatement découpées à jour, les bassins § *\ j^â^^^^^^^^l^V sons des produits qui leur sont attribués ne

dont les bords, empruntant à l'ornementation _ .--:;: \ "f^Wt mérite guère d'être étudié. Rennes, Beauvais,

de l'époque ses motifs les plus élégants et les J. - Aj^ggSÈK ■>* ' " la Chapelle-aux-Pots, Savignies, produisaient
plus variés, sont souvent coupés par des cavi- -. 'aussi des terres vernissées, mais cela n'a plus

tés destinées à recevoir les épices que l'on . -^^^^S^p^^^^^^pVV : ~J> aucun rapport avec l'art de Palissy.
joignait alors à la nourriture, les vases d'ap- ■■J^^^^S^m^^&Êmm&. '-

parât, les aiguières imitées des étains de Brion ~'~*'w'^".~.-.-_...; ,^'..l7t mé^^- -' '-■' «s. j ■-

et quelquefois moulées sur les originaux, les . •

salières ornées de figures de sirènes et de PETITE CHHONIQUE

masques grimaçants, les saucières, les flam- Petite horloge a réveil en cuivre doré et argent ciselé.
beaux, etc., tant d'autres pièces sur lesquelles Travail du xvu» siècle.

on retrouve toujours la marque du goût pur _ Le Journal officiel a publié un décret,

et élevé de Palissy. en date du 28 août, par lequel M. Croisy,

sculpteur, est nommé chevalier de la Légion d'honneur (médaille de

3e classe 1873; de 20 classe 18S2; hors concours; auteur du soubassement
de l'Armée de la Loire).

La nomination de M. Nénot, architecte de la Sorbonne, et qui fut le

vainqueur du concours qui avait été ouvert à Rome pour le monument en
l'honneur de Victor-Emmanuel, a été, comme la nomination de M. Croisy,
accueillie par une approbation unanime.

— M. Guillaume Dubufe vient d'achever, dans les vastes ateliers et
magasins des décors de l'Opéra, le plafond qui lui a été demandé pour le
foyer du Théâtre-Français.

C'est de cette époque également que datent les plats à figures. Au point
de vue céramique, ils sont inférieurs, pour la plupart, aux autres produc-
tions de Palissy.

Il nous reste, maintenant, à étudier l'influence qu'exerça sur la céra-
mique du xvie siècle l'œuvre de Palissy.

Cette influence fut presque nulle, et la France dut attendre plus d'un
demi-siècle pour voir renaître l'industrie que le pauvre potier de Saintes
avait élevée si haut.

Palissy, cependant, eut, non pas des élèves dans la véritable acception
du mot, puisqu'il ne les initia pas entièrement à la connaissance de la
fabrication de ses émaux, mais des aides, et, entre autres, ses deux fils,
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