L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 2,2.1900

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L'ART DÉCORATIF -(5^.

réel de couleurs ; par contre ses cartons pour la
cathédrale d'Orléans semblent le dessin agrandi
de Unes et précieuses miniatures. Les scènes re-
tracéesontune naïveté, une physionomie ancienne
tout à fait savoureuses, mais la richesse des détails,
la minuité de l'exécution ne sauraient convenir
à un mode nécessairement sobre et synthétique.
M. Henri-Marcel Magne, le fils de l'éminent
architecte, annonce, heureusement, dans ses
envois une juste conception de la décoration trans-
lucide. Cinq de ses vitraux que nous reproduisons
pour nos lecteures sont destinés à l'église deBougi-
val. Ils illustrent délicieusement cinq aspects de
la <A Az LAvgt?.' l'enfance, la présen-
tation au temple, l'annonciation, la naissance du
Christ et l'assomption. Le sentiment en est délicat
et poétique, sans être fort religieux ; la Vierge n'y
semble guère qu'une très mignonne fillette ou
qu'une jeune femme très gentille, et nul rayon
n'y sanctifie sa grâce terrestre. Les oeuvres de Gras-
set prouvent plus de foi ou, si l'on vent, de sens
archaïque, mais elles n'atteignent pas en revanche
à cette simplicité dans l'ordonnance de l'ensemble
et l'équilibre de touteslesparties. C'estàcepoint
de vue principalement qu'il faut examiner les
vitraux de M. Magne. Je ne sais pas d'exemple
d'harmonie plus stricte et cependant moins mono-
tone. Les figures, peu nombreuses, trois à quatre
par verrière, se superposent ou s'accolent, les
regards se croisent, les gestes, les attitudes se
correspondent rhythmiquemcnt. L'œil du spec-
tateur va naturellement de Marie, le personnage
principal, aux personnages secondaires, de ceux-ci
aux motifs des tympans pour revenir selon la
ligne des fleurs en rinceaux à la Vierge toute
gracieuse. Les silhouettes se découpent fran-
chement sur un fond peu chargé où s'esquissent
de sommaires paysages. Quant à la couleur,
c'est la même unité, le même accord, une
tonalité discrète, amortie, de douceur exquise,
des bleus rompus, des violets et des mauves,
quelques jaunes, quelques verts et dans chaque
panneau le retour d'une note blanche, blancheur
de la robe symbolique, à jamais immaculée. Nos
gravures permettent d'apprécier ici la parfaite
composition de ces verrières, l'aisance du dessin,
l'attrait un peu trop moderne des visages, mais
elle ne rendent pas, hélas, cette atmosphère lumi-
neuse qui baigne la scène et qui en double l'im-

pression, elles ne rendent pas cette caresse vivante
de la lumière, le bouquet frissonnant et mystique
composé de si délicates nuances. Assisté de MM.
Leprévost et Laumonnerie, ses collaborateurs pour
le choix des verres, la mise en plombs, l'exécution
de la grisaille, M. Henri-Marcel Magne nous a
donné une œuvre vraiment rare qui témoigne de
l'esprit le plus sensible, du talent le plus fin et du
plus sûr métier. Son autre envoi, AAAY-ZAwzz* zA
AzzAA-Eivzùr, tA.r <A AA;-
zAzzzz.ir, offre encore un ensemble de belle tenue
et de haute distinction.
M. Henri-Marcel Magne, à l'exemple des
humbles artistes du moyen-âge, a mis au service
de la foi et de la légende religieuse la puissance
d'évocation que possède le vitrail, mais certains
de nos peintres verriers l'emploient aussi au
bénéfice de l'histoire. Elle leur offre un moyen
de ressusciter le passé avec ses travaux et ses
guerres, ses moeurs et ses coutumes, son pit-
toresque et son parfum, ses leçons d'héroïsme
et de vertu. Elle leur a permis de faire re-
vivre pour quelques hôtels-de-ville les pages
les plus significatives des existences locales.
Dans la clarté des verrières les antiques figures
se détachent et s'animent; la lumière, qui jadis
était l'instrument des illusions et des prodiges,
agit encore sur les imaginations modernes ; plus
que la fresque, la peinture translucide est im-
pressionnante, éloquente, éducatrice. Les palais
de justice, les chambres de commerce, les salles
de conférence, les différents édifices où s'ac-
complissent les différents modes de l'activité
publique, verront bientôt apparaître également,
au centre de leurs fenêtres, les grandes figures
qui président à cette activité. Des allégories
décorent déjà leurs murs et leurs plafonds, mais
sur des vitraux, dans la gloire du soleil, elles
prendront une autre force de suggestion et de vie.
La pensée allemande, philosophique et haute,
curieuse de symboles, n'a pas négligé cette oc-
casion de s'exprimer. Les ressources du vitrail
prêtent à ses conceptions une beauté singulière.
Entrons pour nous en convaincre au Pavillon
de l'Allemagne. Dans cette originale construction
où s'affirment si bien les tendances de l'esprit
germanique, trois ensembles de vitraux illustrent
magnifiquement des idées: les bienfaits du Tra-
vail, la Paix, la Religion, la Justice, la Tolé-

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