L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,1.1904

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L'ART DECORATIF

vailleur moderne par une statue équestre,
et il fallait toute l'éducation classique de
Dalou pour avoir,- même un seul instant,


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l'idée d'installer au faite de son Monument
aux ouvriers une figure de paysan juché
sur un cheval de labour. Dalou lui-même
y avait renoncé très rapidement, et quant à
Meunier, nous ne devons retenir certainement
de ses figures comme /'Aâ/'ctmozz' ou le Tè-
c/zezzz* uL ù c/zevu/ que la sûreté
réaliste de la composition des groupes et
leur caractère spontanément monumental.
Au milieu de ce peuple de ligures puis-
santes, graves et tristes, expression du tra-

vail humain dans ce qu'il a de plus écrasant
et de plus fatal parfois, dans l'œuvre de
Meunier il y a place pour un rayon de grâce
et de jeunesse: la vie reprenant ses droits et
la Heur de beauté s'épanouissant même dans
cette atmosphère de charbon et de suie, où
l'artiste nous transporte, on rencontre dans
scs crayons, ses pastels ou ses statuettes,
quelques jeunes ligures de Hicrcheuses, de
belles hiles solides qui, dans leur costume
presque masculin, prennent leur part du
labeur commun, mais avec une sorte de
vaillance et de crànerie piquante; on ren-
contre aussi quelques enfants ingénus et
potelés. aC'est là, comme dit excellemment
Camille Lcmonnier, dans l'héroïsme mâle
de l'œuvre, la détente d'une émotion atten-
drie pour le charme de la chair nuptiale
et filiale. R
Il y a place enfin dans cette œuvre
pour le sentiment douloureux et pour l'émo-
tion profonde. Meunier a su traduire avec
une simplicité poignante les angoisses dé-
chirantes qui suivent les catastrophes, dans
son groupe du Gz'z'xozz, par exemple, où une
femme courbée en deux se penche sans cris,
sans gestes, sur le cadavre qu'elle vient de
reconnaître. Dans d'autres œuvres il a même
mis, paraît-il, un accent personnel, au mo-
ment où, profondément atteint lui-même dans
ses affections les plus chères, il incarna dans
son Fcce /zozzzu l'accablement de la douleur
et l'abandon de tout, où il s'était senti
prostré devant un double deuil qui lui arra-
chait à quelques mois de distance deux fils
en pleine vigueur. Dans le sublime dialogue
du Fuzvfozz, il sut mettre aussi vers ce temps
toute l'affectueuse tendresse paternelle dont
il eût voulu choyer les chers disparus et
peut-être, comme le suggère Camille Lcmon-
nier, (d'anxieux espoir d'un impossible retour
pour ceux qui sont partis.))
Quel que soit le sujet qu'il traite, il ne
se départ jamais, du reste, de ce réalisme ro-
buste qui est au fond du tempérament de sa
race, et qui est comme la base de son œuvre
très sincèrement inspirée de la nature et
appuyée, nous l'avons dit, sur des trésors
d'observations. Seulement, à la différence de
ses ancêtres, les imagiers brabançons du
XV^ siècle, il ne se contente pas de cette espèce
de réalisme un peu terre à terre, minutieuse
et anecdotique, qui se déploie dans leurs sta-
tuettes ou dans leurs retables; il généralise

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