Artaud de Montor, Alexis François; Gigault de LaSalle, Achille Etienne
Italie — Paris, 1835

Page: 60
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f.O

L'UNIVERS.

Les larmes de sa famille le détournè-
rent de ce projet, et Hiéronyme, con-
formément au testament de son grand-
père, monta sans opposition sur le
trône. Un des tuteurs qu'Hiéron lui
avait nommés, homme rusé et ambi-
tieux , lui persuada de secouer ie joug
des autres et de gouverner par lui-
même. L'imprudent Hiéronyme suivit
ce conseil et entassa bientôt fautes sur
fautes. Il ouvrit des négociations avec
Annibal, et se prépara à combattre
les Romains, dont il avait insulté les
ambassadeurs. Une conjuration ourdie
contre lui manqua d'abord son effet,
et coûta la vie à un des conjurés, dont
la constance au milieu des tourments
ne trahit pas ses complices, qui res-
tèrent tranquilles dans Syracuse ; ils
reprirent bientôt leurs projets, et Hié-
ronyme tomba sous leurs coups. La
liberté de Syracuse fut proclamée.
Elle fut aussitôt signalée par des cri-
mes , des intrigues et des orages. Les
favoris et la famille d'Hiéronyme fu-
rent égorgés. On décida de renouve-
ler l'alliance avec les Romains, et d'un
autre côté on remit le commandement
des troupes à Hippocrate et à Épi-
cyde, deux officiers qui avaient long-
temps résidé à Carthage et qui travail-
laient sourdement pour les Carthagi-
nois. Leurs menées furent d'abord
inutiles ; ils furent même chassés de
Syracuse ; mais sans se décourager,
ils parvinrent à prendre de l'ascen-
dant sur l'esprit des soldats.

Le consul Marcellus venait d'arri-
ver en Sicile, à la tête d'une armée
romaine; il débuta par attaquer Léon-
tium, qu'il prit d'assaut et qu'il traita
avec la plus grande modération. Les
Syracusains s'avançaient pour le sou-
tenir, lorsque Épicyde et Hippocrate
vinrent se jeter au-devant d'eux, leur
persuadèrent que les Romains avaient
saccagé Léontium, et ne les attiraient
que pour les massacrer ; puis, courant
à Syracuse, ils s'en firent ouvrir les
portes, prirent le commandement, et
firent résoudre la guerre contre les
Romains, après avoir fait périr les
généraux qui s'y opposaient.

SIEGE DE SYRACUSE.

A cette nouvelle, Marcellus s'ap-
procha de la capitale, et ayant tenté
inutilement la voie des négociations,
il se prépara à donner à la ville une
attaque générale par terre et par mer.
La perte de Syracuse semblait inévi-
table, mais le génie d'un seul homme
rendit long-temps inutiles tous les
efforts de la puissance romaine. Ar-
chimède, mathématicien , astronome
et mécanicien, entreprit d'anéantir par
les ressources de son art toute la su-
périorité que donnaient aux Romains
une (lotte redoutable, une armée nom-
breuse, et les machines de siège alors
en usage. Les moyens qu'il employa
paraîtraient fabuleux et sont restés
inexplicables , lorsque l'histoire et les
événements en constatent les résultats.
La flotte et l'armée romaines furent
sur le point d'être anéanties par ces
redoutables combinaisons. A la voix
d'Archimède, les murs de Syracuse
se couvrirent d'armes terribles et in-
connues , de projectiles d'un poids
effroyable, de harpons, de leviers
assez puissants pour soulever des ga-
lères entières, de feux inévitables qui
détruisaient des bataillons entiers.
Les soldats effrayés n'osaient plus
approcher de ces murs funestes, et
Marcellus, craignant de voir périr son
armée sans qu'elle pût combattre, se
borna à bloquer exactement la ville en
se tenant hors de la portée des traits.
Du reste, il chargea Appius de sur-
veiller le blocus et profita de ce temps
d'inaction pour faire rentrer dans le
devoir les villes de Sicile qui s'étaient
déclarées contre les Romains, et pour
repousser lmilcon, récemment débar-
qué près d'Héraclée avec une armée
carthaginoise. Le général africain s'é-
tait emparé d'Agrigente. Cette nou-
velle excita un vif enthousiasme dans
Syracuse. Hippocrate sortit avec une
partie de la garnison pour faire sa
jonction avec lmilcon ; mais Marcellus,
qui venait de reprendre Hélore et Her-
besse et de saccager Mégare, arriva
à marches forcées, surprit Hippo-
crate, tailla en pièces son détache-
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