Instytut Historii Sztuki <Posen> [Editor]
Artium Quaestiones — [1].1979

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C. HEITZ

six et dix, la longueur totale du corps humain devant egaler dix fois son
epaisseur ou six fois sa largeur. Pour Isidore, 1’arche mesure donc:

300 = (30X10)^(50X6).

„Unde facta est arca trecentorum cubitorum in longitudine et quin-
ąuaginta et tringinta in altitudine . . . Quod sexies longa ad latitudmem
suam et decies ad altitudinem suam, humani corporis instar ostendit, in.
quo Christus apparuit”.

La longueur de l’arche etait donc de 300 coudees, sa largeur de 50 cou-
dees, sa hauteur de 30. Trente signifie pour Isidore la duree mortelle de
la vie du Christ, trois cent la duree de la loi ancienne et ce chiffre sym-
bolise aussi les six ages du monde, dont chacun est prefigure par cinqu-
ante. L’ere chretienne est la derniere periode de 1’histoire: elle est intro-
duite par le signe de la croix qui est aussi le signe du nombre trois. Ainsi
l’arche, figurę de 1’Eglise, est non seulement le symbole des proportions
de 1’espace, mais aussi l’expression de la totalite du temps.

Ces correspondances fascinent 1’imagination et portent a rever. Pour-
tant, elles semblent se concretiser parfois de faęon etonnante. Ainsi l’opus
reticulatum de la crypte merovingienne de Jouarre (situee a 60 km a l!Est
de Paris) est agenoee probablement selon une progression numerique.
(fig. 1). Le mur Occidental de la petite crypte, que sept piliers engages ren-
foręaient a 1’origine (partiellement disparus au XVIIe s.) comporte une
double superposition de bas en haut:

D’abord deux registres a assise droit:

sept rangśes de calcaire forment la partie infśrieure du mur, les pier-
res etant de larguer tres variable: 0,20 a 0,45 m, suivi d’un registre
composś de trois rangs de pierres carrees (0,12X0,12 m).

Cette double assise (7 + 3 = 10)3 est surmontee de deux autres registres:
quatre rangśes de losanges (0,14X0,14 m), dominees de quatre rangs
de pierres octogonales (0,12X0,12 m) 4.

Une intention precise se cache-t-elle dans cette disposition? Y en a-t-il
meme une, autre que purement dścorative?

Nous interrogerons maintenant une suitę de monuments echelonnes
de la fin du VIIIe siecle au debut du XIIe qui temoignent de maniere cer-
taine de 1'utilisation du nombre. Nous verrons comment les architectes
medievaux progressent d’un emploi d’abord primaire, presque simpliste,
des donnees chiffrees vers une complexite de plus en plus grandę. De la

3 Somme de Dieu par excellence, comme il en ressort de la lettre CLXII de saint
Augustin ou celui-ci confronte sagesse divine et sagesse humaine. Cf. Ep. CLXII,
P. L. 33, 705.

4 Les mesures exactes sont empruntees a la monographie de la Marąuise de
M a i 11 e, Les cryptes de Jouarre, Paris 1971, p. 129, e.s.
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