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L' Eclipse: journal hebdomadaire politique, satirique et illustré — 6.1873

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https://doi.org/10.11588/diglit.6773#0091
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L'KCLlfStë

mm

PRIME GRATUITE DE L'ÉCLIPSÉ

A,

Avoir tout Paris dans sa poche et sous les yeux dans la per-
sonne de ses Physionomies les plus curieuses et les plus origi-
nales et sous forme de charmants petits volumes-bijoux, illustrés
par le crayon humouislique de Morin, de Benassis, de "Vernier,
de Goock, d'IIumbert, etc , etc., etc., et dus à la plume de nos
plus spirituels et de nos plus fins observateurs :
Lk8 Joueuses,
Les Artistes et Rapins,
Les Industriels du Macadam,
La Parisienne,
Les Usuriers,

par Paul Perret, Louis Leroy, Adrien Paul, É lie Frébaulf, etc.,
etc., etc., — tel est le privilège qu'offrd l'ÉcxirsE :

A quiconque prendra un abonnement d'un an,

Ou à quiconque, à diier de ce jou renouvellera son abonne-
ment,

Sans autre déboursé que le prix d'envoi : un franc.

Nous recommandons tout particulièrement au public ces
esquisses fidèles et pittoresques des types les plus singuliers
qui émaillent la capitale. Us se rapprochent, par le fare et le
genre des anciennes Physiologies si courues autrefois et si
recherchées aujourd'hui. C'est le Paris moderne, animé et
vivant.

CHANGEMENT DE FRONT

Ce n'est pas encore assez loin de nous pour que l'on ait ou-
blié la tactique qu'avaient adoptée les journaux dits conserva-
teurs avant la chute de M. Thiers, afin de discréditer son gou-
vernement.

L'Eclipsé a eu plusieurs fois l'occasion de signaler ce truc à
l'effarement qui consistait à représenter la France — et Paris
principalement — comme en proie à tmo panique folle.

Cela avait commencé par les magasins de bombes à pétrole
découverts chaque nuit par la police.
Puis étaient venus :

Les omnibus attaqués à main armée, en plein jour, sur la
place du Carrousel ;

L'herbe poussant sur les trottoirs du boulevard dts Italiens
par suite de la rareté des promeneurs ;

Le vide dans tous les hôtels ;

Le nombre croissant des faillites ;

Le retrait de toutes les commandes dans, le commerce ;

Le renvoi de tous lés ouvriers dans toutes les fabriques, par
suite du chômage des affaires.
Etc., etc.

Tout cela était adroitement mris sur le dos du gouvernement
républicain de. M, Thiers, qui ne pouvait inspirer aucune con-
fiance (cliché.)

Paris était représenté comme un désert.

On n'osait pas sortir de chez soi après sept heures du soir.

On n'allait plus au spectacle.

On ne riait plus, on ne s'amusait plrs.

Le grand égout collecteur devait être miné par les commu-
neux.

Ils avaient clandestinement remplacé, dans les conduits,
l'eau de le Dhuys par du pétrole.

Un beau matin, — c'était imminent, — on devait saute?,
griller, etc., etc.

***

Ensuite, comme la province commençait à sa demander si
tout cela n'était pas une farce atroce, les journaux dits : con-
servateurs avaient enflé la note et lancé le grand jeu terroriste.

Et nous avions eu, à l'occasion de l'élection Barodet, une
nouvelle série beaucoup plus corsée :

M. Thiers avait été représenté comme un des meneurs les
plus dangereux de la gelée des vignes.

Le choléra, en tournée dans les environs, avait signifié à la
France que si dans trois semaines elle n'avait pas établi chez
elle le gouvernement de combat de M. Batbie, il allait faire son
entrée solennelle sur notre territoire et. décimer la population.

Paris, atterré parle résultat des élections, se désemplissait à
vue d'oeil.

On trouvait facilement des appartements de 6,000 francs
pour 50 écus, tant les maisons étaient vides.

Les théâtres déserts étaient obligés de louer des mannequins
et de les installer le soir dans le salle pour que leurs trois
spectateurs ne se crussent pas seuls.

Un homme était tombé du haut mal sur la boulevard Mont-
martre et y était resté sans secours onze jo.urs pleins parce
qu'il n'était pas passé un chat à cet endroit-là pendant tout ce
temps.

Les quarante bouillons Duval faisaient à eux. tous 5 fr. 50
de recette par jour.

Enfin, — chef-d'œuvre du genre, — le lendemain de l'élection
Barodet on avait vendu à Paris 48,000 sacs de voyage, et
75,000 valises.

Immédiatement, leurs colonnes s'émaillent d'entrefilets et de
faits-divers les plus appétissants.

Avant môme la composition du nouveau ministère, le Figaro,
la Patrie et leurs pareils font retentir l'air de leurs cris de
joie.

Paris n'est plus un désert; — 0n s'écrase dan* les bureaux de
tabac pour allumer un cigare.

Si cela continue, on va être obligé de reculer encore les murs
d'enceinte : on étouffe !

La composition du nouveau ministère paraît à l'Officiel. Les
trépignements redoublent.

Gloire à Batbie!.., Les théâtres font un minimun do huit
mille francs. La Renaissance même refuse du monde.

Gloire à Ernoul!... A cinq heures un quart, on ne trouve
plus rien à manger dans aucun restaurant.

Gloire à Magne !...Le choléra, qui attendait à la frontière, se
déclare satisfait et annonce qu'il change son itinéraire.

Gloire à Casimir Périer'... Le prix des loyers Moment1? de
quinze cent pour cent. On loue trente francs par nuit un pail-
lasson sous une porte cochère et il n'y en a pas pour tout le
monde.

Gloire à "Waddinerton !... Ou compte trente accidents par
jour, à l'heure du dîner, au carrefour des écrasés du faubourg
Montmartre.

Gloire à Fourtou!... Les étrangers arrivent en masses com-
pactes. Les commissionnaires des gares demandent deux cents
francs pour aller Chercher un fiacre.

' :".•/''4L ' A"' tilr \ . ri
* +

On le voit, c'est un changement de front complot, radical. ■

Hier, il fallait effrayer l'abonné de DouriovMly-les-bons-
mufles, le faire pâlir dans son fauteuil, lui donner des indiges-
tions, des apoplexies.

Aujourd'hui, il faut le frictionner avec de la ouate, le cajo-
ler, le rassurer, et lui faire croire que Paris est une succursale
de l'Éden, que l'on y mange tranquille, que l'on y boit tran-
quille, que l'on y dort trpnqnille,

Que Paris, en un mot, est bien plus sûr que Dourùouilly,
depuis que M. Thiers n'est plus au pouvoir.

La vérité nous fait un devoir d'informer les honorables gogos
de Bourdouilly que les deux trucs si différents au moyen
desquels les journaux dits conservateurs les jobardent de-
puis six mois, sont les deux balançoires les mieux réussies
que jamais écrivains de mauvaise foi r.ient inventée? à l'usage
des imbéciles.

Au temps de M. Thiers, tout allait ni mieux ni pins mal que
depuis M. Mac-Mahon.

Au temps de M. Thiers, les cafés étaient pleins et les arti-
cles de Saint-Genest vide3, le Vaudeville ne faisait pas d'ar-
gent parce qu'il jouait du Millaud, les Folies-Dramatiques
regorgeaient tous les soirs r.vec la Fille de Madame Angot.
Beaucoup de Parisiens prenaient le train d'Asnièreçu la samedi
soir, pour aller passer leur dimanche à la campagne, mais ils
revenaient à Paris le lundi matin.

Du temps de M. Thiers, il y avait des gens contents, d'au-
tres tristes. Il y avait des individus qui gagnaient de l'argent,
il y en avait qui faisaient faillite.

Du temps de M. Thiers, il y avait des citoyens bien por-
tants, et d'autres qui avaient des bronchites.

Et depuis M. Mac-Mahon, c'est absolument la même chose.

Cependant, comme cela paraît faire extrêmement plaisir
aux journaux dits conservateurs de publier aujourd'hui des
nouvelles ruisselantes d'allégresse, et que leur imagination ne
nous paraît pas à la hauteur de leur bonne volonté, nous allons
essayer de les aider dans cette tâche noble et désintéressée.

Nous leur offrons dès aujourd'hui 163 quelques entrefilets
suivants destinés à prouver à la province que l'état des esprits
est complètement changé depuis qu'il est resté absolument le
même.

« Des reiseignements puisés à une source certaine nous per-
mettent d'.iffirmer que depuis la chute de Thiers, l'atmos-
a phère — qyi n'attendait sans doute que cette preuve de bon
« sens de la port de la France — s'est sensiblement radoucie. »

y' v » •

» *

« Depuis que M. Thiers n'est plus au pouvoir, tous les pro-
t meneurs ont la figure riante.
« C'est au point qu'il y a à chaque instant des querelles dans

« les rues,

f Chaque passant s'irnaginant que les autres rient de lui. »

« Pendant les dix-huit derniers mois que nous venons de
i traverser, on avait remarqué, sans pouvoir en expliquer R
« cause, que le gaz donnait une lumière un peumoire.

« Tout est expliqué maintenant.

« A partir du jouj où M. Mac-Mahon a été nommé président,
« le gaz a produit une flamme très-pure et très-éçlatante. />

»**

« Depuis le renversement de M. Thiers, les. layetiers embal-
« leurs de Paris, qui avaient gagné des sommes folles sous sa
« présidence démagogique, ne font plus un sou d'affaires.

« Personne ne part.

« Pendant la semaine qui vient de s'écouler, quarante-deux
« marchands de sacs de voyage ont déposé leur bilan. »

Le tableau était effrayant.

Décidément, le gouvernement de M. Thiers nous menait à
l'abîme.

Mais voilà que, tout à coup, M. Thiers donn* sa dciaisjiion.

A peine le maréchal Mac-Mahon a-t-il franchi la première
marjhe du fauteuil présidentiel que le décor change comme
par enchantement 1...

Les journaux dits : conservateurs font une volte face subite.

Et au truc de l'effarement à outrance succède le truc de l'archi •
confiance quand même.

r Un ft^* singulier et qui prouve à quel point la Franfte avait
« besoin d'être rassurée !.••

«.Depuis que M. Thiers a quitté le pouvoir, le nombre des
« accidents a diminué de trois quarts sur laîfgae,^ L. M. »

* *

« Des nouvelles qui nous arrivent de tous les pays vignobles
« nous annoncent qu'en apprenant la chute de M. Thiers,toutes
« les vignes ont dégelé. »

LEON BIENVENU.

LES ZIGZAGS DU PRÉFET

La scène se passe dans un wagon de première classe, sur la
ligme de Bretagne.

Dans ce wagon est installé, seul, un homme de belle pres-
tance, abondammmt décoré, qui semble profondément réflé-
chir.

Il tient d'une main un crayon et de l'autre un carnet.

Le train file rondement. Les fils télégraphiques chargés
d'oiseaux, etaoupés de poteaux subits, montent et descendent
devant les pqrtières comme d'interminables portées de musi-
que, ponctuées de notes noires.

La monsieur installé, seul, dans le wagon de première classe,
regarda, comme s'il voulait la déchiffrer, l'étrange partition
qui se déroule sans cesse devant ses yeux.

Tout à coup, il imbibe convulsivement de salive la mine de
plomb de son crayon, et, non inoins convulsivement, il trace
sur une page de son carnet des caractères que nous aurons
l'indiscrétion de reproduire ici.

Sauf erreur, ce tpi'il écrit ressemble beaucoup à une procla-
mation.

Qu'on en juge :

— « Habitants du département d'Où est-Sardine, je me féli-
t cite d'avoir été appelé à vous administrer par décret du Pré-
« sident de la République. Connaissant à merveille vos besoins
« particuliers et vos aspirations spéciales, M. le ministre du
« gouvernement résolument conservateur m'envoie au milieu
« des populations de l'Ouest-Sardine. Que les côtes de l'Océan
« cessent de gémir! Je ferai pour les habitants de nos rivages,
<■ dont j'ai étudié depuis longtemps les souffrances et les mo-
« destes désirs, tout c». que l'homme éminent que je remplace
« n'a pas eu le temps d'accomplir. Votre nouveau préfet, réso-
« lùment conservateur...

Au moment où l'auteur de ces lignes en écrivait ie dernier
mot, les oiseaux placés comme des croches ou des doubles-
croches sur les fils du té!ég»aphe, parurent éprouver une com-
motion soudaine.

— C'est probablement une dépêche qui pa?se, remarqua
simplement le nouveau préfet dans son wagon.

Il disait vrai, ce conservateur résolu. A la station suivante,
et comme il se précipitait vers un endroit secret où dix minu-
tes d'arrêt sont, parfois, chose agréable, un employé supérieur
de la gare l'arrêta par le bras et lui souffla dans l'oreille les
paroles suives :

— Monsieur le préfet, une dépêche envoyée de Paris aussitôt
après vort/Çe départ vient d'arriver à la gare. Veuillez venir en
prendra, connaissance.

Un peu contrarié, on le comprend, le préfet résolu suivit le
chef de gare dans son cabinet. L'instant d'après, le haut fonc-
tionnaire lisait la dépêche suivante :

Intérieur $ préfet Ouest Sa dine, — en route. — Vu député Ouest-
Sardine ce nùlin. — Vous, cheveux rouges. -- biputè Ouest-Sardine

pas souffrir thexevx rouges. — Forcé de céder, pour conserver équi-
libre.,-. Vous envoyé préfet dans Sud-Maritime. — Rendez à poste
immédiatement.

— Bon! me'vt^à. préfet du département du Sud-Maritime à
présent, murmura ï'ex-préfet de l'Ouest-Sardine. Et il faut que
je me rende immédiatement à mon poste! Mais c'est que j'ai
une envie de...

— Monsieur, reprit le chef de gare, je vous préviens que la
correspondance pôar la l'gne du midi va passer dans cinq
secondes. — Vous n'avez pas le temps de séjourner ici.

Le train du Midi, faisant sauter les plaques tournantes,
entra dans la gare sur ces entrefaites. Le nouveau préfet du
Sud-Maritime se précipita dans un wagon, les larmes aux
yèux, très-inquiet, très troublé, mais toujours résolument con-
servateur, et s'installa tristement dans un coin. Le train se
remit.en marche.

Pour charmer ses tortures, le préfet du département du Sud-
Maritime reprit son cra\ on et son carnet en soupirant, et
écrivit ce qui suie :

« — Habitants du département du Sud-Maritime, je me féli-
« cite d'avoir été appelé, par décret du président de la Répu-
« blique, à vous administrer. Connaissant à merveille vos
« besoins particuliers et vos aspirations spéciales, M. leminis-
t tre du gouvernement résolument conservateur m'envoie au
« milieu des populations du Sud-Maritime. Que les côtes de la
« Méditerranée cessent de gémir!... Je ferai pour les habitants
« de nos rivages aimés du soleil... »

Arrivé à cette aimable et poétique image, le préfet du Sud-
Maritime sentit le noir sommeil, glisser ses grains de sable
sous ses paupières. Oubliant sa situation présente, et tout ce
qu'elle avait de désagréable intérieurement, il s'endormit peu
k peu-

Quand il se réveilla, la première figure qu'il aperçut, fut celle
d'un monsieur très-souriant qui était penché à la portière du
wagon et regardait dans l'intérieur. On était dans une gare.

— Monsieur le préfet du Sud-Maritime ? fit le monsieur sou-
riant.

— C'est moi, répondit le préfet résolument conservateur,
en ss frottant les yeux. Que me voulez-vous?

— Monsieur le préfetje suis le secrétaire général delà préfec
ture du Sud-Maritime. Une dépêche envoyée de Paris aussitôt
aprè3 votre départ pour Ouest-Sardine, est arrivée tout à
l'heure à mon huraau. J'en ai pris connaissance et je suis veuu
à votre rencontre pour vous éviter un dérangement.

— Comment cela ? dit le préfet, qui sentait de plus en plus
que dix minutes d'arrêt à une station quelconque étaient son
unique ambition pour l'instant.

— Lisez la dépêche, répondit froidement le secrétaire gé
néral.

— Voyons la dépêche ! gémit le préfet, toujours résolu et
conservateur plus que jamais. Et il lut ceci :

« intérieur à S<*d-Marime. Mille pardons. — Vu, apriis déput
d'Ouctt-Sardine, député Sui-Maritime. Lui dire que vous aimiez
épinards. Lui pas aimer épinards. Moi céder. Forcé. Pour conser-
ver homogénéité du cabinet. — Vous nommé préfet dans Escaut-
Inférieur. Sacrifice nécessaire. Majorité à conserver. Rendez à poste
immédiatement. •
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