Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.1859

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CORRESPONDANCE PARTICULIERE

1) E !. A G A Z E T T E D ES BEAUX-ARTS

Florence, le u24 mars 1859.

Dans un bâtiment contigu à Saint-Marc, à ce couvent à jamais célèbre par le sou-
venir de Savonarole et par les précieuses peintures de Beato Angelico et de Fra Barto-
lomeo, est placé l'atelier du sculpteur Luigi Pampaloni. Les étrangers, dans la saison
de leur passage, ne manquent jamais de le visiter. En effet, bien que Pampaloni soit
mort depuis quelque dix ans, sa réputation est si vivante et si fraîche [fresca e viva)
que les amateurs de l'art ne veulent pas quitter Florence, sans avoir vu au moins les
modèles des ouvrages d'un sculpteur qui occupa avec Bartolini le premier rang parmi
les statuaires modernes. Le coup d'œil historique que nous avons jeté sur les vicissi-
tudes de l'art serait incomplet, si nous omettions le nom de Pampaloni. Aujourd'hui
donc je vous parlerai de lui, et je tracerai à grands traits le caractère de son talent.

Pampaloni naquit avec une vocation décidée pour la sculpture. Dans son crâne,
dirait un phrénologiste, prédominait l'organe du génie plastique. Aussi, bien qu'il n'ait
pu développer par une éducation régulière ces dons naturels, il produisit de son propre
mouvement des ouvrages qui, sans porter la trace d'études profondes et de cette science
qui appartient aux arts raffinés par la tradition, avaient néanmoins une valeur rare.
L'histoire dit que le génie de Rembrandt était de telle nature que, si la peinture n'avait
pas été inventée avant lui, il l'aurait inventée lui-même. Toute proportion gardée, la
même chose pourrait se dire de Pampaloni. Il fut sculpteur par la seule grâce de son
génie, et sculpteur à bon droit admirable. Dans les annales de son temps, il a une
place à part.

L'enfance de Pampaloni fut moins contrariée quo celle de Bartolini. Pendant que
celui-ci combattait contre l'inflexible volonté de son père qui voulait lui imposer un
métier promptement lucratif, et s'abandonnait à la Providence, semblable au jeune
oiseau qui se confie au dieu de l'air, l'autre eut un père tendre qui voulait mettre
tous ses soins à donner une bonne éducation à son fils. A peine se fut-il aperçu des
inclinations du jeune homme, qu'il le laissa faire et le plaça sous la discipline de son
frère aîné. L'honnête commerçant différait en cela de la plupart des pères do famille,
qui, par un préjugé inexplicable en Italie, croient que Dieu, en envoyant l'art sur la
terre pour la joie et la consolation des hommes, lui donna la misère pour compagne.

Dans ce temps-là, l'Italie était toute en mouvement; ses provinces avaient été re-
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