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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 2
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Mantz, Paul: Watteau, 5
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0151

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136

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Leçon de musique de sir Richard Wallace, si bien gravée par M. Lalauze.
Ces figures espiègles vivent et sourient sous la caresse d’un reflet qui
est « le fin du fin ». Nous avons les mêmes merveilles dans les beaux
dessins du Louvre provenant de la vente d’Imécourt, les admirables
sanguines où se groupent des bustes de femmes. Par ce jeu mobile
du rayon sur les chairs, Watteau est le prince des délicats et il
s’apparente aux magiciens les plus subtils.

Ainsi outillé au double point de vue de la lumière et du modelé,
Watteau devait s’intéresser à la forme nue. Il n’y manqua pas, et
c’est ce goût qui l’entraîna vers la mythologie, car la mythologie a
un grand mérite aux yeux des vrais peintres : elle est déshabillée.
L’insuffisance de son dessin, sous le rapport de la beauté pure et des
lignes choisies, aurait dû, semble-t-il, empêcher Watteau de se
compromettre dans la compagnie des déesses et des nymphes sans
ceinture : il l’a fait cependant. Nous avons déjà parlé de l’Antiope de
la galerie Lacaze : les formes de la dormeuse sont loin d’être belles,
mais on y sent la palpitation et la moiteur de la vie. Le tableau perdu
que P. Aveline a gravé sous le titre : Diane au bain devait être une
peinture superbe. C’est une femme nue, de style quelconque et de
petite noblesse; peut-être est-ce cette servante que Watteau a eu un
instant à son service et que d’Argenville déclare avoir été belle.
Dans le tableau du maître, la divinité de la baigneuse ne se révèle
guère que par le carquois ridicule — un vrai carquois de théâtre —
qu’elle a déposé auprès d’elle sur le gazon. Assise au bord d’un petit
lac où son pied droit est encore plongé, elle essuie son pied gauche
dans une attitude qui la penche en avant et qui détermine la cour-
bure bien portante d’un dos de provenance flamande. Encore une
fois, la sévérité de la forme idéale ne doit être cherchée, ni dans la
Diane au bain, ni dans les autres femmes nues de Watteau ; mais
l’artiste croyait, comme son maître Rubens, que la lumière fait tout
passer et l’estampe d’Aveline suffit à elle seule pour prouver que
cette Diane, de style contestable, était une très belle étude de carna-
tions lumineuses.

Si l’on voulait se rendre compte des procédés qu’employait
Watteau pour obtenir la fermeté des chairs et la souplesse de l’épi-
derme, il faudrait avoir le courage, véritablement criminel, de sou-
mettre une de ses peintures à un nettoyage énergique, de façon à
pouvoir en étudier les dessous. Une pareille curiosité est condamnable
et nous espérons que l’expérience ne sera pas tentée : elle a été faite,
cependant, à une époque déjà ancienne où des restaurateurs igno-
 
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