Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 14.1895

Seite: 152
DOI Heft: DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1895_2/0167
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
152

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

tiontrcs difficile et très débattue, celle des œuvres que Ton appelle archaisantes,
parce que Ton croit y découvrir un contraste voulu entre la conception et
l’exécution. Autrefois, on était d’accord pour les attribuer à un groupe de
préraphaélites, qui auraient fleuri entre l’époque de César et celle d’Hadrien.
Aujourd’hui, plusieurs archéologues inclinent à en chercher les prototypes
dans des œuvres parfaitement authentiques et sincères des environs de
Tan 460 avant Jésus-Christ. Parmi les bas-reliefs dits archaïsants de nos
musées, les uns sont des originaux du début du ve siècle, dont on a méconnu
le caractère, les autres — bien plus nombreux, il est vrai — sont des copies
d’originaux disparus de ce temps-là. Un coup décisif à l’ancienne théorie a
été porté, il y a quelques années, par la découverte, faite à Rome, d’un
trône orné de bas-reliefs qui appartient aujourd’hui aux héritiers de la
famille Ludovisi. Le premier éditeur, dont je suivis l’exemple1, y vit une
sorte de contrefaçon d’époque romaine. Mais bientôt M. Petersen démontra,
par une analyse plus serrée, qu’on était en présence d’un original attique,
transféré de Grèce à Piome par quelque amateur d’art archaïque, comme il
en existait tant, même avant l’Empire. Il prononça, au sujet de ces bas-
reliefs, le nom de Calamis, et beaucoup d'autres l’ont répété après lui. Celte
désignation est parfaitement acceptable, pourvu qu’on ne perde pas de Ame
l’élasticité qu’elle comporte. L’état de nos connaissances ne nous permet
pas, en effet, de distinguer toujours entre un grand artiste et son école, de
sorte qu’un nom indique une tendance, un groupe, plutôt qu’il ne précise
une personnalité et un style individuel.

Le centre de la décoration du trône Ludovisi est une belle figure de Vénus
sortant à mi-corps de Tonde et soutenue par deux Nymphes. La coiffure de
la Vénus présente une particularité singulière, dont on ne connaissait pas
encore d’exemple : la partie supérieure de l’oreille émerge d’une touffe de
cheveux ramenés du front sur la nuque. Or, la savante traductrice des Meis-
terwerke de M. Furtwængler, miss Eugénie Seilers, a trouvé chez un ama-
teur anglais, M. Humphry Ward, une tête magnifique, cette fois en ronde-
bosse, qui offre exactement le même détail2. Cette tête, défigurée par un
nez trop grand qui a été remplacé depuis, faisait partie de la collection
Borghése, dont elle fut distraite avant la vente. Le style en est un peu moins
archaïque que celui du bas-relief Ludovisi; mais on peut dire qu’elle appar-
tient à la même période, à la même école, dont la prétendue Vesta de l’an-
cienne collection Giustiniani (aujourd’hui chez le prince Torlonia, mais
invisible) et les différentes répliques de l’Apollon à I'omphalos, sont les monu-
ments les plus connus. Il faut espérer que la belle Aphrodite de M. Ward,
popularisée par des moulages, deviendra le point de départ de recherches
nouvelles sur les prédécesseurs et les contemporains de Phidias.

1. Voir Gazette des Beaux-Arts, 2e pér., t. XXXVII, p. 70.

2. Joxirnal of hellenic Studies, t. XIV, pl. S.
loading ...