La Lune — 2.1866

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LA LUNE

ALCIBIADE ROSSINI

Mon intention n'est pas de déposer des injures le long
d'une de nos gloires. Rossini est l'Allah de la musique, —
la, la, deux notes qui donnent le ton, — et une foule de pe-
tits Mahomet, lesquels voudraient bien s'entendre appeler
prophètes, gravitent autour de lui, l'encensant, l'exaltant,
hurlant comme des fakirs : « Ne touchez pas à notre Dieu ! »

— Pardon, messieurs, nous n'y touchons pas; mais ij
nous est bien permis de crier : « Casse-cou 1 » au divin maes-
tro, quand nous le voyons se rabaisser lui-même de gaieté
de cœur.

Voilà un homme qui, vivant, a le rare privilège d'assister
à son apothéose, plus heureux que Meyerbeer, mort, en
pleine mêlée, d'un accès ou d'un excès de génie.

Il a sa statue sous le péristyle de l'Opéra; une des rues de
Paris porte son nom, sans compter qu'un grand nombre de
théâtres, en province et à l'étranger, ont été baptisés, sous son
invocation. Vous croyez que cela lui suffit? Allons donc !
Vous connaissez peu le cœur humain en général et le cœur
de Rossini en particulier.

Il veut bien vivre retiré au sein de son fromage, mais à
condition qu'on s'occupera beaucoup de ce fromage et que
Paris se demandera tous les matins :

— Qu'y a-t-il de nouveau dans le parmesan de liossini?

Seulement, Paris qui a souvent d'autres chats à fouetter,

Paris qui songe à la Prusse, à l'Autriche, à l'Italie, à la
baisse, à la hausse, aux dîners du palais Pompéien, aux pieu-
vres mises en vogue par Victor Hugo, à la rosière de Nan-
terre, au départ de la troupe nomade de M. Got pour sa
tournée départementale, aux tableaux de M. Courbet, à la
prochaine distribution des prix Montyon, à la querelle de
Y Evénement et du Soleil, à l'affaire Aspe, au procès Philippe,
Paris oublie parfois d'accomplir cette formalité.
Et Rossini dit à ses familiers :

— Avez-vous lu les journaux?

— Oui.

— Y est-il question de mon fromage?

— Non.

— Diavolo! ce peuple français est si léger qu'il est capable
de m'oublier...

Gira H torna H sono sempre francesil

— Composez alors une œuvre nouvelle pour réveiller l'at-
tention publique.

— Bast, il est plus facile d'écrire... un fait divers.

Et vous ne tardez pas à voir ce fait divers s'étalant com-
plaisamment dans les colonnes de tous les journaux de
Panurge.

C'est tantôt une visite princière, tantôt un coup de patte
à l'adresse de quelqu'un ou de quelque chose, tantôt un pa-
nier de vin de Porto que le roi de Portugal a promis d'en-
voyer au maestro pour arroser son fromage, tantôt ceci,
tantôt cela.

* *

Voilà de quoi occuper Paris pendant un laps de temps
plus ou moins long, et lorsque son esprit distrait se porte
ailleurs, vite on renouvelle la petite sérié de faits divers, à
moins qu'on se contente de la rafraîchir ou de la remettre à
neuf.

Ainsi le roi de Portugal a oublié d'expédier le porto en
question, et les journaux insèrent une lettre de Rossini rap-

pelant sa promesse au jeune monarque. D'où tiennent-ils
cette lettre? Quel est l'indiscret qui la leur a communiquée?
Vous le savez bien.

Ah! maître, si un souverain quelconque me promettait du
porto et qu'il Oubliât de me l'envoyer.... j'irais en acheter
chez mon marchand de vin.

Cela ferait moins de bruit, c'est vrai; en revanche ce serait
plus simple et plus digne.

,' liais le plus joli, le dernier de ces faits divers créés et mis
au monde ad majorem Rossini gloriain, est la maladie d,y
phjen du maestro.

^•fmu milieu des préoccupations actuelles, il fallait trouve^,
pour frapper le public, quelque chose de neuf, d'original,
de suprêmement comique, un fait divers qui eût du chien,
en un mot... Vous voyez qu'on n'y a pas manqué.

Et Jlpstoire du caniche fait actuellement son tour de
France.

Paris est aux abois.

Les gazettes supprimeraient volonlier* une dépêche de
Vienne ou do Berlin pour un bulletin de Jft santé du pauvre
animal :

« Lundi, son sommeil a été très-agité.
« Mardi, le pouls est plus régulier.

« Mercredi, M. Sanfourche, l'illustre praticien, lui a ad-
ministré une médecine.

« Jeudi, on constate une certaine amélioration dans l'état
du malade.

« Vendredi, il consent à sucer une côtelette.

« Samedi, il l'avale... avec l'os.

« Dimanche, il est sauvé... » Merci, mon Dieu !

Alcibiade coupait la queue de sou chien pour stimuler l'at-
tention des Athéniens; Rossini dorme des clystores au sien.

Les deux procédés, quoique dissemblables, visent au même
but.

Je connais pourtant des gens sensés qui prétendent que.
ces petites ficelles sont indignes de l'auteur de Guillaume
Tell, et d'autres qui ajoutent tout haut :

Le mo'mdro boléro
Ferait mieux notre affaire.

Nox.

l \I COlÉdUMCE DE LA LIBERTÉ DES VOITURES

Jusqu'à présent, les portes seules l'avaient été, — au-héres!...

La mesure qui proclame la liberté n'es voilures et qui, des le
15 juin, donne à tout citoyen le droit de se taira quinze mille li-
vre» de rente

En guidant dans la capitale
Un char aux lianes numérales,

permettra aussi—jo l'espère, aux femmes de nous conduire
tout à leur aise...

Accourez donc, ô princesses Couza do la galanterie ! précipi-
tées des hauteurs du huit-ressorts ou des splendeurs du poney*
chaise par la révolution des années, par l'esprit changeant de vos
peuples ox\ par une Valachio de créanciers !

Alice la Provençale a dit :

— 11 n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes jambes!

Celui de cochére vous dispensera de montrer les vôtres outre-
jarretière dans les panégyries de l'avenue Montaigne et de la rue
Cadet, — comme, pareillement, de transformer la terrasse des
cafés du boulevard en salon des refusées, et d'assister régulière-
ment aux lundis de Mme Cagnotte, qui n'a guère que cinq pièces
dans son appartement, et qui cependant voit, la plupart du temps,
ses petites iètes de famille finir dans la sixième chambre.

----------- - - ---- —

Les dames de notre époque ont toutes étudié pour devenir
coachwomen...

Le four in hand, comme le piano, entre aujourd'hui dans l'édu-
cation des demoiselles.

Au dernier grand concours des principaux pensionnats du fau-
bourg Saint-Germain, Mlle de B... a obtenu un premier prix de
Victoria, et Mlle de C... un deuxième accessit de panier à salade.

Désormais, on ne dira plus d'une jeune personne qu'elle a été
élevée aux Oiseaux, — mais aux chevaux.

Supposez maintenant Mlle de B... et Mlle de C... ruinées plus
tard par les jeux de la Bourse et du hasard...

Elles ont un état sur la planche!

Elles méritaient le fouet...

Elles l'auront.

Un lecteur m'adresse cette question :

— Los femmes connaissent-elles assez Paris pour conduire les
gens à destination?

Si les femmes connaissent Paris'?...

Tenez, admettez un instant avec moi que le 15 juin soit passé
et que nos automédones soient là, à leur poste, fumant leur ciga-
rette ou lisant le Petit Journal sur le siège de leur sapin...

Un boursier cric :

trs Coekère, à Clichy !

I n provincial :

— - Cochére, h Mabille !
Un étranger :

■— Cochére, chez Vachette !
Un étudiant :

— Cochére, au clou des Blancs-Manteaux!

— Cochére, chez Anna Destigres! — chez Julia Garucci! — chez
Adèle Tourtois !

Un voyageur :

— Cochére, à la gare Saint-Lazare!
Un militaire :

— Cochére, au Salon de Mars!
Un uiédocin :

— Cocl^ère, à Lourojpe!

Tous ces gens-là arrriveront, tenez-le pour certain.

Par exemple, si vous aviez besoin d'aller à l'Institut, à Saint-
Acheul, au Musée d'artillerie ou à la Caisse d'épargne, je vous
engagerais à vous adresser de préférence à un cocher.

Je n'éprouve pour les cochers qu'une médiocre sympathie.

Je les trouve laids, d'abord, le plus souvont, sous leur chapeau
do cuir bouilli, — le bouilli du potage que l'on ferait avec la graisse
du cordon qui l'entoure.

Et leur cravate, semblable à celle de M. Paul Ferry, est devenue
noire à force d'avoir été blanche.

Ils culottent des pipes et mangent du gruyèro sous le pouce.

Puis, quand jo soumets une observation à l'un d'eux, j'ai tou-
jours peur quo, comme lo Collignon de Roger de Boauvoir, il

Ne se rende à l'évidence
Et, de là, chez l'armurier...

Vous llgurez-vous, au contraire, Mlle Blanche Pierson et Mlle
Irma Marié, forcées par le malheur des temps de s'embrigader
dans les remises?

Vous ne seriez pas obligé d'aller les chercher chez le mar-
chand do vin,..

Elles embaumeraient l'Iris, la violette, le bouquet des sultanes,
et conduiraient avec des robes à traîne longue comme un jour
sans pain et des chapeaux Lamballe imperceptibles comme des
trichines,..

Avec elles, le llacre deviendrait un paradis à quatre roues...

Je ne craindrais nullomont, en vérité, de me faire menor, la
nuit, au fond de la forêt de Bondy ou vers le moulin d'Argenteuil
par mademoiselle Blanche PiorBon..,,

Et si mademoiselle Irma Marié mo demandait)

— Où allons-nous, not' bourgeois?
«• Route de Cythère.

— A la course ou à l'heure?

— A l'heure.

Star.

MA

PREMIÈRE JEUNESSE

1 (Suite)

:>

Je fis de la gymnastique

J'aiguisai mes flèches

pour de futurs combats;
j'appris à danser.

Mais l'heure de la liberté estaonnee,
les chaînes tombent; merci, mon Dieu!

Vile, faisons peau neuve.
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: Ma première jeunesse (suite) par Gédéon
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Freiheit  i
Reiten <Motiv>  i
Karikatur  i
Frankreich  i
Erwachsenwerden  i
Pferd <Motiv>  i
Reiter <Motiv>  i
Junger Mann <Motiv>  i
Fesseln <Motiv>  i
Satirische Zeitschrift  i
Beschreibung: Bildunterschrift:
"Je fis de la gymnastique."
"Je devins cavalier."
"J'aiguisai mes flèches pour de futurs combats; j'appris à danser."
"Mais l'heure de la liberté est sonnée, les chaînes tombent; merci, mon Dieu."
"Vite, faisons peau neuve."

Signatur: "G."
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 13, S. 13_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
Bild-ID HeidIcon: 204111
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