La Lune — 2.1866

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...

LA LUNE

LES BLONDIN DE LA PLUME

Le héros du Niagara, qu'on appelle Blondin et qui se
nomme Gravelet, n'est pas un homme ordinaire.

Maintenant que ,je lui ai payé ce tribut d'admiration,
faut-il que je m'évanouisse de joie rien qu'en prononçant son

nom.

Je ne le pense pas. Ce qu'il fait n'est extraordinaire que
parce qu'il est à peu près seul à l'avoir tenté. Mais, s'il y avait
une conscription en France pour exécuter une omelette en
l'air sur la corde roide, tous les Français feraient cet exercice
aussi bien que la charge en douze temps et le panacheraient
de calembours. C'est une affaire d'éducation, voilà tout.

JMM3I 3T!3 ,1 .XHA3HU8 £«X .

Nous assistons tous les jours h des exercices bien autre-
ment périlleux que celui-là, exercices exécutés devant un
nombre infini de spectateurs par des gens qui gagnent à
peine de quoi subsister quand ils gagnent quelque chose.

Je veux parler du passage d'une colonne de journal sur la
corde roide de la grammaire française, avec une plume pour
balancier et un rédacteur en chef sur les épaules.

Oh ! le rédacteur en chef surtout. On ne sait pas toujours
combien il pèse. Moi qui vous parle, j'en avais un, il y a
quelques jours, scus le poids duquel j'ai fléchi, et si je ne
m'étais débarrassé démon fardeau, je ne ^ais pas trop où
j'en serais à l'heure qu'il est.

Quand on effectue ce dangereux passage, il ne faut pas
faire une omelette. Mais il est indispensable de laisser après
soi un article. £f~~~ifif~~s W1 a*

On ne casse pas d'œnfs, c'est vrai; mais on est prié de cas-
ser les vitres, autant que faire se peut, ce qui vous conduira
peut-être à vous faire casser la tête.

Ce dernier exercice surtout devra être exécuté avec une
grâce toute particulière.

On ne réclame pas absolument de vous d'être élégant, gra-
cieux, souriant, spirituel, puissant.

Non. On vous demande de le paraître aulant que possible.
Mais la grande affaire est d'amener le frémissement ou la

joie, en un mot la sensation dans l'âme des spectateurs.

Ne soyez pas fort si vous voulez, mais ayez-en l'air, c'est
l'important.

Ne sachez rien faire sur la corde roide de la grammaire
française, trébuchez au pronom, aidez-vous des deux mains
pour arracher les participes qui vous gênent, pourvu que
vous arriviez à l'autre bout, c'est tout ce qu'on veut, et l'on
applaudira. Tout cela à une condition : cent mètres en l'air.

Que maintenant il vienne un mailre faire des t ragédies à
fleur de terre; qu'il soit agile, élégant, gracieux, avec ou
sans balancier ; qu'il jongle avec des participes el des verbes
irréguliers, qu'il construise sur sa corde des phrases mer-
veilleuses... Il s'agit bien de ça, nous voulons des hauteurs
vertigineuses et des oeufs... non, des vitres cassées.

Dans ces derniers temps, plusieurs Blondin de la plume se
sont révélés avec des succès inégaux.

Je ne parlerai point ici du prototype Timotbée Trimm,
autrement dit Napoléon Lespès, autrement dit le héros

du Petit Journal, ou le roi de l'alinéa, qui a exécuté ses
exercices comiques à une hauteur de trois cent mille exem-
plaires avec une cravate rouge et des breloques.... mais sans
casque.

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de la terre par exemple. Il ne travaille plus qu'à deux cent
milles de hauteur.

Les nombreuses hésitations au passage difficile ont nui à
sa réputation.

Un jeune Blondin du plus bel aver.ir est celui qui t'ait
l'indiscret avec tant d'abandon à Y Evénement.

Oh ! celui-là ne trébuche pas. Un mot le gêne, il passe par-
dessus. Une tournure l'arrête, il trépigne; un fait pourrait
amener une hésitation, il l'écrase ou l'arrange à son goiw

Et allez donc !

H. de Vdlemessant qui, dans sa jeunesse, était encore plus
fort que ça, soutient que son rédacteur est le roi de l'article,
et quelque beau jour il l'enverra prendre des informations
dans la lune — pas celle-ci, jusqu'à ce que, lassé de celui-là
comme des autres, il l'envoie... au Niagara — se promener.

Un homme qui avait voulu'exercer aussi cette profession
étrange, mais qui n'avait pas cette corde.... ou plutôt ce câ-
ble-là, c'est Jules Vallès.

11 fit des choses charmantes, mais on n'applaudissait pus,
et un beau iour il tomba d'une hauteur vertigineuse.

Ch. Monselet s'essaye dans le Nouvel Illustré. Monselet,
je vous le dis, vous dépensez trop d'esprit, vous finirez par
dégringoler, comme le fit jadis Jules Noriacqui croyait que
pour cette besogne quotidienne il fallait dépenser beaucoup
de talent. |1\ „

Il faut prouver clairement à ses lecteurs qu'on n'a rien
inventé de plus qu'eux, et, tout en leur apprenant des choses
qu'ils devraient savoir, avoir l'air très-étonné d'être aussi
fort que ça.

Il y a des gens qui ne seront jamais des Blondin de la
plume. Parmi ceux-là, je citerai seulement Henri Rochefort,
Gustave Droz, Monselet, déjà nommé, B. Jouvin et quel-
ques autres que je ne nomme pas, ce qui permettra à tout
le monde de s'adresser un compliment.

Je ne voudrais pourtant pas que Victor Koning se crût
un écrivain, et je fais mes réserves.

Ops

A quoi bon?

(a. de Musset. )

faust. — Compagnon?
méphistophélès. — Docteur?

faust. — Quel âge as-tu maintenant?

méphistophélès. — Ah! ah! toujours rêveur! Vous avez
passé une longue existence à la recherche du bien et ne sa-
vez pas que le mal est éternel.

faust. — J'ai cherché le mieux, seulement.

méphistophélès. — Et vous avez trouvé?...

faust. — Le vide.

méphistophélès. — Avant de m'avoir connu, mais de-
puis?

faust. — Avant de t'avoir connu, j'avais inventé l'impri-
merie. Toute ta science ne m'a pas fait trouver pire.
méphistophélès. — Pire?

faust. — Sans doute ! Heureusement, la sottise humaine
m'a déchargé du brevet de l'invention dont elle se glorifie,
car jamais je n'avais distillé de poison plus mortel.

méphistophélès. — Voilà qui sent furieusement son au-
teur jaloux, maître Faust.

faust. — Non pas, mais à quoi la chose a-t-elle servi?

méphistophélès. — Il est vrai que tout le bénéfice a été
pour moi, aussi vous ai-je assisté en considération du ser-
vice. - ''WÀWQÊÊ

faust. — Oui, belle assistance.

méphistophélès.—Vous êtes dans un mauvais jour, maî-
tre, et vous oubliez.

faust. — De quoi veux-tu que je me souvienne?

méphistophélès. — Faut-il vous rappeler ce que j'ai fait
pour vous?

faust. — Pour moi, égoïste! — Enfin, va, si tu as la in>'-
rnoire des futilités.

méphistophélès. — D'abord la jeunesse que je vous ai
rendue.

faust.—C'est-à-dire la vie, l'esclavage, au moment où
j'allais peut-être conquérir la liberté, tu m'as trahi!

méphistophélès. — L'amour que je vous ai fait con-
naître.

faust. — Ah ! Ta villageoise, le joyau rare !
méphistophélès. — La Grefchen ! Un mets de roi !
faust. — Un fruit vert.

méphistophélès. — Décidément, je vous avais trop ra-
jeuni.

f»ust. — Passion étique! Sentimentalité de mélodrame !
méphistophélès. — La vertu amoureuse, tout simple-
ment.

faust. — De l'amour, cela! Tout au plus de l'abandon,
aucune flamme au cœur.

méphistophélès. — Je vous ai livré des millions.

faust. — Est-ce que tes millions ont empêché les choses
d'être toujours aussi pareilles et aussi inutiles.

méphistophélès.—Vous êtes difficile sur les vins — après
boire.

faust. — Tu vois ces étoiles, que font-elles ?
méphistophélès. — Parbleu, elles valsent.
faust. — Et à quoi sert leur ronde?

méphistophélès. — Elle concourt à l'harmonie univer-
selle.

faust. — Est-ce que tu concours aussi à celte harmonie-là?

méphistophélès. — Sans doute, j'y fais ma partie.

faust. — Quelle nécessité d'empoisonner l'œuvre en
créant le mal ! Pourquoi s'amuser à frapper de la monnaie
fausse !

méphisthophélès.— Docteur, vous allez irop loin.

faust.— Tu n'es qu'un timoré. Mais le maître universel
lui-même ne peut pas l'impossible. Allons, je m'ennuie,
j'étouffe, j'ai soif! Déploie ton manteau, et partons voir Hé-
lène. Elle est insouciante comme le reste, mais elle est belle
et a le baiser brûlant et fécond. Peut-être aurai-je la bonne
fortune de rencontrer encore près d'elle le seul homme qui
m'ait jamais compris, don Juan !

Just.

PE1ME DE LA LTJIVTK

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an à la LUNE recevra gratuitement, en prime, tous les
numéros parus depuis le 1" janvier 1866.

Envoyer directement le montant de l'abonnement
en mandat ou timbres-poste, à M. Daniel Lévy, di-
recteur du journal, 5, Cité Bergère, à Paris.

An bon! B'ob un, j'avais
séchi': considérablement. Le
major disait comme ça que
j'avais un os talpe.

Je serais mort, c'est cer-
tain, si Midou, un pays à
moi, n'avait eu le malheur
de tomber à la conscrip-
tion.

Dirigé médiat mieut sur mon régimen
Midou me tomba un beau jour dans le
bras; ce fut mon sauveteur!

Aussi ftOiiK
doif?ls de la
Poilu*, quoi !
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: La premiére affaire du fusilier Pilor
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Armee  i
Frankreich  i
Militär  i
Korps  i
Freundschaft  i
Karikatur  i
Uniform <Motiv>  i
Umarmung <Motiv>  i
Dioskuren  i
Satirische Zeitschrift  i
Mann <Motiv>  i
Soldat <Motiv>  i
Schlagwort Liste: Füsilier <Motiv>
Beschreibung: Bildunterschrift: "Que pour lors, quand j'arrivai au corps, qué j'étais gras comme une caille." "Au bout d'un an, j'avis séché considérablement. Le major disait comme ça que j'avais un os talgie." "Je serais mort, c'est certain, si Midou, un pays à moi, n'avait eu le malheur de tomber à la conscription." "Dirigé médiatement sur mon régiment, Midou me tomba un beau jour dans les bras; ce fut mon sauveteur!" "Aussi nous ne nous quittions pas plus les deux doigts de la main. Nous étions des vrais Castor Pollux, quoi!" Signatur: "G"
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 20, S. 20_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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