La Lune — 2.1866

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LA LUNE

ON DEMANDE

DES BRAS, DES JAMBES, ETC.

Pardon, il ne s'agit pas de bras pour l'agriculture, ni de
jambe pour le coeps de ballet.

Il s'agit de bras artificiels et de jambes idem, sanb comp-
ter les mains, les pieds, les nez et autres parties de notre
individu Fabriquées en bois, en cuir, en gutta-peroha ou un
maillechort» inm mm

La'demande est grande.

L'article est à la hausse sur tous les marché» ou on les
trafique.

Le tourneur de jambes de bois en chambre, qui était
obligé, dans les morîes saisons, de se rabattre sur la confec-
tion des mâts de cocagne, ne sait plus où donner d,g la léte.

Le tour de ces industriels est arrivé.

Lu guerre est cruelle, sans doute,

comme chante M. Scribe; mais enlin elle a du bon... pour

les fabricants de membres artificiels.

Ce sont ces originaux d'Américains qui ont donné le

branle. 'Vif rMitlf r"f If

Ils viennent de faire une cornmandu de 3,131 bras, 3,781
jambes, 44 mains, 9 pieds et 104 autres parties corporelles,
dit la France, journal du soir.

Depuis un an et demi qu'ils ont fini de se battre, cela les
ennuyait de voir dans leurs rues un tas ds boiteux, de man-
chots, de gens sans aveu et sans nez, allant partout étaler
leurs mutilations.

Et le Congrès a voté une allocation de deux millions pour
qu'on rende à ces infirmes les membres qu'ils ont oubliés
sur les champs de bataille de la Virginie et de la Caroline.

Généreux Congrès ! généreux peuple !

De là, la demande dont je parle plus haut.

Les marchands de bras se frottent les mains et n'ont plus
assez de jambes pour courir à leurs affaires.

Il leur faut trouver toute sorte de matières de choix pour
les officiers supérieurs.

Le major Whatf'airlbot, qui a perdu l'avant-bras h la ba-
taille de Bull-Bun, consent à accepter le cadeau du Congrès,
seulement il veut quelque chose de solide, autant que possi-
ble en argent massif.

— Mais ce sera lourd à porter, lui dit-on.

— Je le porterai... au mont-de-piété (pawnbroker en an-
glais), aft-il dit avec la franchise militaire qui le caractérise.

Ce farceur de Gingerbread exige une main d'or, enrichie
de diamants, sûr qu'il est d'avance que toutes les jolies filles
de l'Union aspireront à cette main.

Cette main,
Cette main
Si jolie, te, ie, ie...

Smithson, qui a des goûts artistiques, réclame un pied
qui r'mue, modelé par Carrier Béleuse*.

Le vaillant Snowball ne veut pas entendre parler d'un
nez de fer-blanc, semblable à celui de l'invalide assassiné par
Jean fliroux.

Ce qu'il lui faut à lui, c'est un nez de platine, avec une
tabatière à musique dedans.

Quand il se mouchera, son instrument jouera l'air à la
mode :

C'est dans l'nez qu'ça me chatouille.

Quant au capitaine Turtlesoup, dont l'apophise-aerQmion
a été endommagé par un éclat d'obus, sur les bords du Rap-
pahannock, il demande, pour s'asseoir le reste de ses jours,

un bienséant de cuir de Russie.

$0- Je veux que ça sente bon ! s'est écrié ce valeureux d{»
bris des héroïques phalanges du Conneclicut.

Et tous les fabricants de se gaudir de ces exigences.

— Vous verrez, me disait hier l'un d'eux, que nous fini-
rons par appliquer les beaux-arts à l'industrie des membres
arlifiûiaja, •

—■ C'est un progrès.

— Parbleu ! et un progrès qui ne fera que croître et em-
bellir. Fit f'nber fiibrica/ido, dit le provcfbe latin: c'est en
fin géant qu'on devi ni forgeron. Du temps de la paix à tout
prix, notre spécialité était dans le marasme. A peine, d'in-
tervalle en intervalle, nous demandait-on une jambe par-ci,
un bras par-là. Aujourd'hui, c'est par groa»es que iiouh les
facturons. Il s'ensuit qu'habitués à cette besogne, nous con-
fectionnons actuellement de si beaux articles, que tout le
monde voudra bientôt en porter, quitte à se faire corner un
membre pour cela.

— Mais quand vos commandes pour l'Amérique seront
exécutées, il faudra chômer à nouveau?

— Monsieur plaisante. Nous avons déjà reçu des ordres
pour la Prusse, l'Autriche, l'Italie, le Hanovre, la Bavière,
l'Espagne, le Chili, le Pérou... Voyez.

Et mon homme me montra une liasse de lettres timbrées
de tous les pays où la poudre parle un vilain langage.

— C'est vrai, dis-je tout pensif.

— Oh! ce n'est pas le travail qui nous manque.

— En effet, mais tâchez de toujours travailler pour...
l'exportation.

Nox.

AVIS

Les. personnes dont l'abonnement expire le 31 juillet, sont
priées de le renouveler immédiatement, pour ne pas éprouver
d interruption dans le service de leur journal.

A M. SANSON

ANCIEN EXÉCUTEUR DES HALTES-ŒUVRES DE LA VILLE DE PARIS

Je vous en veux beaucoup, monsieur Sanson.
Je vous en veux beaucoup, je vous assure, et voici pourquoi:
Cette nuit j'ai rêvé que vous exerciez votre ministère sur mon
individu.

Nous étions là, tous les deux, sur la place de la Hoquette, où
je devais subir ma peine pour avoir parlé un peu trop franche-
ment de quelques personnes qui tenaient à quelque chose;

Et remarquez ce fait que ce n'était point du tout la poétique
potence du moyen âge qui tenait si galamment, au bout du
poing, son homme cravaté de chanvre entre l'occiput et les cla-
vicules.

Non ! c'était bel et bien l'instrument philanthropique du doc-
teur Guillotin, qui, vous le savez, ne l'inventa que dans un but

<

purement humanilairr. Jugez un peu si j'étais à mon aise et si
je vous voulais du hien ?

Mais devinez un peu ce qui me chagrinait le plus en cet in-
stant :

La veille, on avait dansé à Mabille; après le bal, ces dames
avaient été souper je ne sais où et puis avaient dit :

— Allons donc un peu voir guillotiner ce coquin I

Sur ce, elles étaient montées dans des voitures découvertes,
emportant des cigares et du Champagne, et les douces créatures
envoyaient jusqu'à moi les bouffées de leurs régalias.

Autour d'elles grouillait une foule innombrable; je ne sais
combien de têtes, les unes blondes ou brunes, jeunes, roses,
joyeuses ; les autres sombres, tristes, pensives, féroces, étaient là
qui, l'impatience dans les yeux, s'agitaient curieusement et se
tendaient vers moi.

C'était une cohue rabelaisienne : on se poussait, on criait, on
s'injuriait, on se bousculait; on escaladait les petites échopes qui
se trouvent dans la rue de la Roquette ; on montait sur les arbres
parce qu'on voulait vojr; des marchands de vin apportaient des
tables et des bancs, sur lesquels on grimpait ; une vieille femme
traînait deux chaise* après elle, les olfrait aux enchères et cher-
chait l'existence de quelques jours dans cet ignoble trafic ; quel-
ques proxénètes de la mort allaient chercher des rafraîchisse-
ments moyennant de malhonnêtes rétributions.

Tout ce bruit, tout ce tumulte, tout ce fourmillement de peu-
ple ne laissaient pas,je ne veux point vous le céler, que de pa-
nacher ma douleur d'un léger soupçon de vanité.

« Il faut| nie disaii-je, que je sois un homme réellement bien
remarquable pour captiver l'attention de toutes ces honnêtes
personnes.

<< Voici, par exemple, un bon nombre de petites dames qui ont
dû payer 'eur curiosité de quelques louis ; la plupart de ceux
qui sont ici ont été froissés, meurtris, asphyxiés presque; tous
enlin font le pied de grue depuis plusieurs heures au lieu de rê-
vasser doucettement sous leurs couvertures ; certes voilà bien de
quoi m'enorgueillir si je songe que c'est pour mes beaux yeux.

o Ne dirait-on pas que moi, comme un bon compagnon, je les
ai invité» à une petito représentation de physique amusante,
dans laquelle j'escamoterais ma tète ? Les gandins roulent des
cigarettes, leurs maîtresses croquent des pralines, les petites
tilles sucent des oranges, et Gavroche demande à Tortillard du
tabac pour une pipe !

« Douce allégresse de ces florianesques natures, puis-je vous
acheter trop cher en vous payant de quelques jours d'une vie
misérable?

« Que dis-je? j'ai joint encore l'utile à l'agréable. Outre ceux
de tous ces marchands de vin, de ces loueurs de chaises et de
bancs, do tout ce peuple enlin qui nie bénit en comptant ses gros
sous, je vois que j'aurai encoro à recueillir les remerclments de
cette petite dame en chapeau rose qu'un bon jeune homme sou-
lève de terre pour la grandir, et qui rit comme une folle des
choses très-drôles que sans doute lui dit ce monsieur. Tout à
l'heure, en ébauchant leurs amours poétique* et faciles, ils enver-
ront vers moi leur pensée douce et charmante 1 »

Voilà, ô monsieur Sanson, les réflexions que je me faisais,
quand vous me dites en vous inclinant :

« Quand vous voudrez, monsieur ? »

A quoi je répondis en m'inclinant aussi :

« Comment donc, monsieur, mais je suis à vos ordres. »

Je baissai la tête, le couteau tomba et...

Et je me réveillai.

C'est égal, vous m'avez fait une rude peur, et je vous en vou-
drai longtemps, monsieur Sanson.
Agréez, etc.

Eugène Vekmeksch.

LA BAGUE DE FERNAND

J'avais un ami qu'on appelait Fernand.
Il portait, en outre, deux autres noms : un nom de famille,
qui ne doit point être révélé, et un nom de baptême, André.
Or, il advint qu'un matin, mon ami Fernand, qui avait ce

LA PREMIÈRE AFFAIRE DU FUSILIER PILOR, par GÉDÉON (Suite).

Mais Midou devenait un rude lapin, et que
pour lors m'entraînait au Salon de Mars, ousque
les cavaliers font des grâces.

L'amour, cé Dieu malin, fut plus lort
que l'amitié, et me ravit Midou qui rné
délaissa pour une belle pliànie et qui
était cuisinière.

Que je K'né suis pas jaloux ;
mais qué Midou y se (ïoiitlait
comme un tambour-maitre et
ne ma parlait plus.

Ah ! qué c'est alors qué je
me serais volontiers sphyxié
avec ma baïonnette.

Je contai tout à Bridet, qu é un vieux malin, qui
nie dit comme ça :

— Jéne homme, vous déw:z demander péremptoi-
rement et subsequemment des explications à Midou.
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: La premiére affaire du fusilier Pilor, par Gédéon (suite)
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Kuss <Motiv>  i
Frankreich  i
Liebe  i
Gespräch <Motiv>  i
Freundschaft  i
Karikatur  i
Frau <Motiv>  i
Eifersucht <Motiv>  i
Satirische Zeitschrift  i
Mann <Motiv>  i
Soldat <Motiv>  i
Beschreibung: Bildunterschrift: "Mais Midou devenait un rude lapin, et qué pour lors m'entrainait au Salon de Mars, ousque les cavaliers font des grâces." "L'amour , cé Dieu malin, fut plus fort que l'amitié, et me ravit Midou qui mé délaissa pour une belle phâme et qui était cuisinière." "Qué je gné suis pas jaloux; mais qué Midou y se gonflait comme un tambour-maître et ne mé parlait plus." "Ah! qué c'est alors qué je me serais volontiers sphyxié avec ma baïonnette." "Je contai tout à Bridet, qué un vieux malin, qui me dit comme ça: - Jé ne homme, vous dévez démander péremptoirement et subséquemment des explications à Midou." Signatur: "G"
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 21, S. 21_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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