Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Septieme = Theatre, Tome VII): Theatre — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1784 [VD18 90793307]

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L’INDISCRET,

L’impression demeure. En vain croisiant en âge ,
On change de conduite, on prend un air plus sage.
On soussre encor long-temps de ce vieux préjugé:
On est suspect encor lorsqu’on est corrigé;
Et j’ai vu quelquefois payer dans la vieillesse
Le tribut des défauts qu’on eut dans la jeunelse.
Connaissez donc le monde, et songez qu’aujourd’hui
Il faut que vous viviez pour vous moins que pour lui.
D A M I S.
Je ne sais où peut tendre un si long préambule.
E U P H E M I E.
Je vois qu’il vous paraît injuste et ridicule.
Vous méprisez des soins pour vous bien importans;
Vous m’en croirez un jour, il n’en sera plus temps.
Vous êtes indiscret: ma trop longue indulgence
Pardonna ce défaut au feu de votre enfance ;
Dans un âge plus mûr il cause ma srayeur.
Vous avez des talens , de l’esprit et du cœur;
Mais croyez qu’en ce lieu tout rempli d’injustices
Il n’est point de vertu qui rachète les vices ;
Ou’on cite nos défauts en toute occasion ,
Oue le pire de tous est l’indiscrétion ;
Et qu’à la cour, mon fils, l’art le plus nécessaire
N’est pas de bien parler, mais de savoir se taire.
Ce n’est pas en ce lieu, que la société
.Permet ces entretiens remplis de liberté :
Le plus souvent ici l’on parle sans rien dire;
Et les plus ennuyeux savent s’y mieux conduire.
Je connais cette cour: on peut fort la blâmer;
Mais lorsqu’on y demeure , il faut s’y conformer.
Pour les femmes surtout plein d’un égard extrême,
Parlez - en rarement, encor moins de vous - même.

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