Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Treizieme): Epitres — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793730]

Page: 112
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ÏÎ2 E P I T R Ê
Et qui, de Ton idole adorateur charmé,
Veut immoler le relie au Dieu qu’il s’est formé.
Entends-tu murmurer ce sauvage algébriste ,
A la démarche lente , au teint blême, à l’œil trille ,
Qui d’un calcul aride à peine encore instruit,
Sait que quatre est à deux , comme seize est à huit?
11 méprise Racine , il insulte à Corneille ;
Lulli n’a point de sons pour sa pesante oreille ;
Et Rubens vainement, sous ses pinceaux flatteurs *
De la belle nature alsortit les couleurs.
Des xx redoublés admirant la puissance,
Il croit que Varignon (2) fut seul utile en France ;
Et s’étonne sur-tout qu’inspiré par l’amour,
Sans algèbre autrefois Quinault charmât la cour.
Avec non moins d’orgueil et non moins de folie,
Un élève d’Euterpe, un enfant de Thalie ,
Qui dans ses vers pillés nous répète aujourd’hui
Ce qu’on a dit cent fois , et toujours mieux que lui ;
De sa frivole muse admirateur unique ,
Conçoit pour tout le reste un dégoût léthargique ;
Prend pour des arpenteurs Archimède et Newton;
Et voudrait mettre en vers Aristote et Platon, (è)
Ce bœuf qui pesamment rumine ses problèmes ,
Ce papillon folâtre ennemi des systêmes,
Sont regardés tous deux avec un ris moqueur,
Par un bavard en robe, apprenti chicaneur,
Qui de papiers timbrés barbouilleur mercenaire ,
Vous vend pour un écu sa plume et sa colère.

( a ) Géomètre médiocre, et n’était <i«e cela.

Pauvres
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