Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Septieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome II): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794087]

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DE VENISE.

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chez elle par tous les canaux du commerce ; tous les
princes italiens craignaient Venise , et elle craignait
l’irruption des Français.
De tous les gouvernemens de l’Europe, celui de
Venise était le seul réglé , stable et uniforme. Il
n’avait qu’un vice radical qui n’en était pas un aux
yeux du sénat, c’est qu’il manquait un contre-poids
à la puissance patricienne, et un encouragement aux
plébéiens. Le mérite ne put jamais dans Venise
élever un simple citoyen , comme dans l’ancienne
Rome. La beauté du gouvernement d'Angleterre,
depuis que la chambre des communes a part à la
législation, consiste dans ce contre-poids, et dans
ce chemin toujours ouvert aux honneurs pour qui-
conque en est digne ; mais aussi le peuple étant
toujours tenu dans la sujétion , le gouvernement
des nobles en est mieux affermi , et les discordes
civiles plus éloignées. On n’y craint point la démo-
cratie qui ne convient qu’à un petit canton suisse ,
ou à Genève. (22)
(22) Si l'on entend par démocratie une constitution dans laquelle
l'asfemblée générale des citoyens fait immédiatement les lois, il est clair que
la démocratie ne convient qu’à un petit Etat. Mais si l’on entend une consti-
tution où tous les citoyens, partagés en plusieurs assemblées, élisent des
députés chargés de représenter et de porter l’expression générale de la
volonté de leurs commettans à une assemblée générale qui représente
alors la nation , il est aisé de voir que cette constitution convient à de
grands Etats. On peut même, en formant plusieurs ordres d’assemblées
représentatives , l’appliquer aux empires les plus étendus , et leur
donner par ce moyen une consistance qu’aucun n’a pu avoir jusqu’ici,
et en même temps cette unité de vues si nécesiaires , qu’il est impoffîble
d’obtenir d’une manière durable dans une constitution fédérative. Il
serait possible même d’établir une forme de constitution , telle que toute
loi , ou du moins toute loi importante fût aussi réellement l’expression
de la volonté générale des citoyens, qu’elle peut l’être dans le conseil
général de Genève ; et alors il serait impossible de ne pas la regarder
comme une vraie démocratie.
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